Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 La galanterie depuis le XVIIe siècle, cadeau empoisonné ou vraie humiliation ?

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madame antoine

madame antoine

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MessageSujet: La galanterie depuis le XVIIe siècle, cadeau empoisonné ou vraie humiliation ?   La galanterie depuis le XVIIe siècle, cadeau empoisonné ou vraie humiliation ? Icon_minitimeJeu 18 Jan - 12:48

Bonjour à tous les Amis du Boudoir de Marie-Antoinette,

Dans le contexte des événements médiatiques actuels autour de la Condition Féminine, voici proposée à votre attention une intéressante émission s'interrogeant sur le bien-fondé de la galanterie.

Revisitez l'histoire de la galanterie, faux nez de la domination masculine, depuis Louis XIV qui en fît un art de vivre à la française jusqu'à #balancetonporc et la liberté d'importuner, en passant par les féministes du XXe siècle.

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Un homme galant aidant une femme, Londres, 1925 • Crédits : Hulton Archive - Getty

“Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste.” C’est ainsi que s’ouvrait la tribune, publiée dans le journal Le Monde, dans laquelle cent femmes revendiquaient mardi 9 janvier “une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle", alors que la parole féminine se libérait tous azimuts après l’affaire Weinstein.

Il est frappant de voir que le terme "galanterie" est convoqué dès la deuxième phrase de la tribune polémique. Une courte recherche dans un dictionnaire en ligne permet de définir ainsi le substantif :

- Disposition à se montrer courtois envers les femmes, à les traiter avec déférence, à les entourer d'hommages respectueux, d'aimables prévenances. -

Le mot est-il utilisé pour masquer une conduite qu'on ne voudrait pas regarder collectivement ? Sous couvert de flatterie et d'une soit-disant "tradition française" qui remonterait au Moyen-Âge, faudrait-il ainsi excuser, voire dé-responsabiliser, une attitude que d'autres considèrent comme un héritage empoisonné ?

Contester la galanterie, outil de domination
Le jour-même où paraissait la tribune polémique, l'historienne Michelle Perrot y réagissait sur l'antenne de France Culture, dans "La Grande Table". Dans cette émission consacrée à l'héritage de Simone de Beauvoir à l'occasion des 110 ans de sa naissance, Michelle Perrot analysait la galanterie comme une construction sociale actant la dissymétrie des genres :

- On est un peu empoisonné en France par cette idée de la galanterie. La galanterie serait l’expression de la civilisation, de la culture française, des bons rapports qu’il y aurait dans notre pays par rapport aux autres, entre les hommes et les femmes. Je crois que c’est un mythe. C’est un mythe intéressant, brillant. Mais qui recouvre au fond, une domination particulière des hommes sur les femmes dans notre pays. On vous ouvre la portière et on vous donne des fleurs : ce qui est toujours une manière de mettre les femmes de côté, et qui l’a été pendant longtemps. Je crois qu’il faut y réfléchir beaucoup. Il faut déconstruire ce type de chose comme Simone de Beauvoir avait commencé à le faire dans Le Deuxième Sexe, et comme a on continué à le faire, et ne pas s’emprisonner dans des stéréotypes, des préjugés et des représentations. Ça ne veut pas dire que les rapports entre les hommes et les femmes ne doivent pas être plein d’amour, de tendresse, de taquinerie, etc. Bien sûr, c’est une merveilleuse aventure que les jeux de l’amour et du hasard. Mais attention, la galanterie, c’est autre chose. C’est une construction. -

Ecouter : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/qui-a-peur-de-beauvoir

Si la revendication d'une égalité totale entre les genres motive aujourd'hui la critique de la galanterie, cette contestation n'est cependant pas nouvelle. Au XVIIIe siècle, déjà, les esprits des Lumières s'opposaient à la galanterie, comme le rappelait l'historien britannique Theodore Zeldin dans un documentaire consacré à l'histoire de la galanterie de 1996 : chez Rousseau, la galanterie est ainsi le contraire du sentiment, alors que Mme de Staël y voit "de la bassesse" et Montesquieu "le mensonge de l'amour". Zeldin décryptait ainsi :

- La galanterie est vue comme un jeu où tout le monde triche, une parodie de l’amour. -

Écouter : La galanterie française ("Lieux de mémoire", 26.09.1996)

Au XVIIe siècle, l'âge d'or de la galanterie
Cette contestation du XVIIIe siècle représente une rupture immédiate avec l'âge d'or de la galanterie, au siècle précédent. Au XVIIe siècle, l'homme galant est ainsi celui qui maîtrise parfaitement les usages de la Cour. La galanterie est un véritable ordre social à Versailles sous Louis XIV. L'universitaire Claude Habib, auteure de l'ouvrage La Galanterie française, retraçait l'évolution du terme "galant" au micro de Jean-Noël Jeanneney dans l'émission "Concordance des temps" le 13 janvier 2007.

Avant le XVIIe siècle, le galant était celui qui réussissait en affaires, et c'est pourquoi La Fontaine lui donne volontiers le rôle du renard dans ses Fables. Le sens du mot évoluera au XVIIe siècle, comme le racontait Claude Habib :

- Furetière [le dictionnaire, ndlr] en atteste aussi : ce n'est plus le bourgeois qui réussit dans ses affaires, c'est l'homme qui a les parfaits usages de la cour. Là il y a une confluence avec le sens érotique, puisque, pour avoir les parfait usages de la cour, il faut d'être mis à l'école d'une dame. Et l'on ne se met à l'école d'une dame que parce que l'on est amoureux[...] Il y a un lien entre la politesse de cour et le service des dames. -

Écouter : La galanterie disparue ? ("Concordance des temps", 13.01.2007)

La galanterie, ce pays imaginaire à visiter... ou pas
Souvent présenté en "art de vivre à la française" qui emprunterait à l'amour courtois au Moyen Âge, la galanterie a irrigué très largement. Jusque dans le monde des arts, comme le soulignait Alain Rey dans le documentaire Lieux de mémoire de 1996. Le lexicographe se référait à l'oeuvre de Madeleine de Scudéry, Clélie la romaine, dans laquelle on retrouve la fameuse "carte du tendre", aussi appelé "carte du pays de tendre" :

- La galanterie du XVIIe siècle s’illustre bien dans le Grand Cyrus [ndlr : autre oeuvre de Madeleine de Scudéry] et naturellement, la Clélie dans laquelle on trouve cette fameuse carte du Tendre, qui n’est d’ailleurs qu’un exemple parmi d’autres. C’est le seul qu’on a gardé de la spatialisation d’une certaine représentation mentale. Il y a même eu des cartes de la galanterie explicitement. C’est-à-dire un parcours, une sorte de représentation d’un pays imaginaire que l’on peut visiter. -


La galanterie depuis le XVIIe siècle, cadeau empoisonné ou vraie humiliation ? 738_ca10
Gravure : la Carte du Tendre, Paris, BNF, 1654• Crédits : Wikicommons

A partir du XIXe siècle : entre coquille vide et domination masculine
Après l'âge d'or du XVIIe siècle et la contestation du XVIIIe siècle, la galanterie changera de sphère pour s'exercer davantage dans le champ privé à partir du XIXe siècle. Michelle Perrot l'expliquait déjà dans ce "Lieux de mémoire" de 1996 :

- La galanterie n’est plus véritablement un mode de rapport entre les hommes et les femmes. La galanterie va devenir une coquille vide. Ça va devenir simplement des mots, des gestes, des gestes de plus en plus superficiel : ouvrir une porte, faire asseoir une femme, lui dire des compliments. Mais ça n’a plus grand chose à voir avec la Cour. -

C'est un siècle plus tard que certains mouvements féministes du XXe siècle commenceront à voir dans la galanterie un miroir de la domination masculine, dans le sillage de Simone de Beauvoir et du Deuxième Sexe. Mais le terme (et les enjeux qu'il masque) ne sera finalement jamais interrogé avec la même acuité qu'en ce début d'année 2018, dans la foulée des campagnes #metoo et #balancetonporc qui succéderont à l'affaire Weinstein.


Archives INA - Radio France
https://www.franceculture.fr/histoire/galanterie

Bien à vous

madame antoine

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Plus rien ne peut plus me faire de mal à présent (Marie-Antoinette)
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