Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 La Révolution française par Jules Michelet

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:03

Mousseline06 a écrit:
"Louis XVI n'eut rien de la France, ne la soupçonna même pas. De race et par sa mère, il était un pur Allemand, de la molle Saxe des Augustes, obèse et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique"

Zou ! Et ce, pour qu’Olivia ne fasse pas une rupture d’anévrisme en lisant ce redoutable portrait. La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 194575
Je cite le même Michelet, dans son introduction à l’Histoire de la révolution, et à propos donc de Louis XVI :

Ce pauvre jeune roi, ni mal né, ni mal élevé, aurait voulu pouvoir le bien. Il lutta et fut entraîné.
Ses préjugés de naissance et d’éducation, ses vertus même de famille, le menèrent à la ruine...Triste problème historique !
Des justes l’ont excusé, des justes l’ont condamné...Duplicité, restrictions mentales (peu surprenantes, sans doute, dans l’élève du parti jésuite), voilà ses fautes ; enfin son crime, qui le mena à la mort...son appel à l’étranger.
Avec tout cela, n’oublions pas qu’il avait été longtemps anti-autrichien, anti-anglais, qu’il avait mis une passion réelle à relever notre marine, qu’il avait fondé Cherbourg, qu’il aida à couper l’Angleterre en deux, à créer une Angleterre contre l’Angleterre.
Cette larme que Carnot verse en signant son arrêt, elle lui reste dans l’histoire ; l’Histoire et la Justice même, en le jugeant, pleureront.
(...)
Qu’il suffise de dire ici que le meilleur fut le dernier, grande leçon de la Providence ! afin qu’il parût bien à tous que le mal était moins dans l’homme que dans l’institution même, afin que ce fût plus que le jugement du roi, mais le jugement de l’ancienne royauté.



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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:07

pimprenelle a écrit:

Nan ?! Tu ne penses tout de même pas que c'est le peuple qui s'est soulevé tout seul ?
Ce n’est pas tout à fait ce que je dis ; je souligne simplement que : sans la poudre, les mèches ont beau être allumées, elles ne provoquent pas d’explosion.
Grosso modo... La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 49856
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:07

C'est d'une grande justesse !
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:08

Je parlais de Michelet ! La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 56173
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:09

Comme dirait le Duc de Plessis-Vaudreuil (dans Au Plaisir de Dieu) :

"Michelet !!! ... un homme qui a mangé dans la main de Charles X et qui ose écrire des sophismes sur Danton, Robespierre ... Ah quelle honte!"


La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 887322
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:14

Oui, il faut rester nuancé. Wink
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 15 Fév - 18:21

La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 294643   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 143928

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeJeu 16 Fév - 17:05

Citation :
Mousseline06 a écrit:
"Louis XVI n'eut rien de la France, ne la soupçonna même pas. De race et par sa mère, il était un pur Allemand, de la molle Saxe des Augustes, obèse et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique"

Zou ! Et ce, pour qu’Olivia ne fasse pas une rupture d’anévrisme en lisant ce redoutable portrait.  La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 194575
Je cite le même Michelet, dans son introduction à l’Histoire de la révolution, et à propos donc de Louis XVI :

Ce pauvre jeune roi, ni mal né, ni mal élevé, aurait voulu pouvoir le bien. Il lutta et fut entraîné.
Ses préjugés de naissance et d’éducation, ses vertus même de famille, le menèrent à la ruine...Triste problème historique !
Des justes l’ont excusé, des justes l’ont condamné...Duplicité, restrictions mentales (peu surprenantes, sans doute, dans l’élève du parti jésuite), voilà ses fautes ; enfin son crime, qui le mena à la mort...son appel à l’étranger.
Avec tout cela, n’oublions pas qu’il avait été longtemps anti-autrichien, anti-anglais, qu’il avait mis une passion réelle à relever notre marine, qu’il avait fondé Cherbourg, qu’il aida à couper l’Angleterre en deux, à créer une Angleterre contre l’Angleterre.
Cette larme que Carnot verse en signant son arrêt, elle lui reste dans l’histoire ; l’Histoire et la Justice même, en le jugeant, pleureront.
(...)
Qu’il suffise de dire ici que le meilleur fut le dernier, grande leçon de la Providence ! afin qu’il parût bien à tous que le mal était moins dans l’homme que dans l’institution même, afin que ce fût plus que le jugement du roi, mais le jugement de l’ancienne royauté.





Ne t'inquiète pas ! La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 194575 Je trouve au contraire que pour un historien républicain du XIXème siècle, qui fonde en quelque sorte notre Histoire nationale, ce n'est pas un si mauvais portrait de Louis XVI. Si le meilleur se rapporte à Louis XVI, je suis comblée ! La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 580524

Et à propos de ce "complot autrichien" : je croyais justement qu'il était anti-complot pour expliquer la Révolution ? La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 413814
Et ne pourrions-nous y retrouver l'idée-phare des GDC à propos de leur parti lorrain ? Shocked
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeDim 19 Fév - 11:40

Voilà encore un ouvrage qu'il faut que je découvre quand j'aurais fini de lire La vie privée de Marie-Antoinette de Charles Kunstler Smile
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pimprenelle

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeVen 21 Aoû - 20:58

Portrait et biographie de Jules Michelet:


La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Zmich10
Thomas Couture, huile sur toile

« Chaque époque rêve la suivante »

Fils d’un imprimeur, docteur ès lettres à 21 ans, Michelet est nommé professeur d’Histoire. Michelet voit avant tout l’Histoire comme un cours d’enseignement philosophique, et ses premiers ouvrages sont des manuels scolaires destinés en premier lieu à ses élèves.

Les événements de 1830, qui portent au pouvoir ses professeurs Abel-François Villemain et François Guizot, lui valent une place aux Archives nationales, ainsi que le titre de professeur suppléant de Guizot à la Faculté des Lettres de Paris. En 1831, son « Introduction à l’histoire universelle » se démarque des ouvrages précédents par son style. Elle met en évidence ses capacités de synthèse et son talent d’écrivain, ainsi que ses qualités de visionnaire. Il y expose sa vision de l’Histoire comme un long combat de la liberté contre la fatalité. Faisant reposer son œuvre sur de solides bases géographiques, il tend à mettre au centre des événements un acteur principal, le peuple, artisan de son propre destin. Peu après, il commence son œuvre majeure fondée sur une documentation rigoureuse, « Histoire de France », qui l’occupera pendant les trente années suivantes.

En 1838, il est nommé à la chaire d’Histoire au Collège de France. Assisté de son ami Edgar Quinet, il commence une violente polémique contre cet ordre. À la suite du coup d’État de Napoléon III, Michelet est destitué sur décision ministérielle en avril 1852 de son cours au Collège de France, ainsi que ses deux collègues Edgar Quinet et Adam Mickiewicz. Michelet étant amené dans sa chaire d'Histoire et de morale à critiquer le clergé et la royauté en faveur de la République. Il perd ensuite sa place aux Archives, en refusant de prêter serment à l’Empire.

De la mi-1852 à octobre 1853, Michelet vit à Nantes, où il est en contact avec les milieux républicains. Il poursuivra son « Histoire de la Révolution » jusqu'à la chute de Robespierre.

Jules Michelet décède le 9 février 1874. Aujourd’hui, l’œuvre de Michelet reste incontournable, même si elle est l’objet de controverses historiques.

https://www.facebook.com/Carnavalet/photos/a.387642531547.173182.159737906547/10152913285181548/?type=1

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globule
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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMar 26 Fév - 22:10

Ce cher Michelet a désormais les honneurs réitérés de La Pleiade. La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 914132

  • La monumentale « Histoire de la Révolution française », de Michelet, est rééditée dans la « Pléiade ». Incomparable, selon l'historien Patrice Gueniffey.


La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 18137210

Faites chauffer les cartes bleues. La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 588717

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Aglae

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeMer 27 Fév - 6:02

Pour faire refroidir les CB ( qui finiront par fondre, sinon.... La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 244157 ) chacun sait, bien sûr, que l'ouvrage est disponible gratuitement en ebook sur l'application Kindle ? ( liseuse d'Amazon) ?? La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 56173
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madame antoine

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeLun 4 Mar - 9:17

Chère Aglae, nous vous remercions pour ce précieux renseignement qui sera assurément bien utile à plus d'un Membre du Boudoir de Marie-Antoinette étant de grands lecteurs. Comme les pratiques ne s'excluent pas mutuellement, voici cependant un complément d'information au sujet de cette nouvelle édition papier, pour reprendre l'expression en vigueur actuellement. Voici donc l'article que je me propose de vous soumettre.

MICHELET, L’AS DES PIQUES

Nouvelle édition Pléiade de sa «Révolution»

La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 11998610
Jules Michelet (1798-1874). Photo Lege et Bergeron. Collection Jean Vigne. Kharbine-Tapabor


Si Histoire de la Révolution française était un roman, ce serait la première version des Misérables (puisque le texte de Victor Hugo paraît en 1862 et celui de Jules Michelet de 1847 à 1853), avec la France et son peuple en héros, mêlant grandiose et manœuvres, cruauté et humanité, avec «une écriture vibratile, animée par l’émotion, par le mélange du concret et du moral, par le sens du détail poignant», comme l’écrit Paule Petitier dans son introduction. Mais pourquoi diantre faire une telle supposition ? Michelet est un historien et apparaît aujourd’hui «comme un réservoir d’intuitions où la discipline fonde ses ressourcements». Cependant, les faits (ou les détails) d’Histoire de la Révolution française sont souvent corrigés en notes (parce qu’il y a beaucoup d’erreurs, inhérentes à l’époque où il écrit) et l’édition dit comment, à une époque, Alexandre Dumas (en particulier dans la Comtesse de Charny) manifesta plus d’admiration pour son travail qu’Edgar Quinet. Lettre de Victor Hugo (cité par Roland Barthes dans son Michelet) : «Tous vos livres sont des actions. Comme historien, comme philosophe, comme poète, vous gagnez des batailles. Le progrès et la pensée vous compteront parmi leurs héros.» Cette édition montre aussi comment l’ennui fut l’ennemi de Michelet : «Lui-même, écrivain, ne cesse de tendre ou détendre le récit, jouant, à travers les événements, le rebondissement permanent de son émotion, tantôt joie, tantôt lamentations, toujours encouragement et rappel de l’idée, car l’œuvre des temps n’est pas close et l’historien est un militant.» L’auteur est aussi un personnage.

«Exilé de l’intérieur»
C’est le point central de ces nouveaux Pléiade (les précédents dataient de 1952) : le principe est de suivre le texte de l’édition originale, et non celui de la dernière édition parue du vivant de Michelet, en 1868, chez Lacroix (qui avait entre-temps édité les Misérables). Paule Petitier encore : «Lorsqu’il entame l’Histoire de la Révolution en 1845, Michelet [né en 1798, mort en 1874, ndlr] est professeur au Collège de France, directeur de la section historique des Archives, membre de l’Institut. Il est un historien reconnu, un homme installé, un professeur admiré. Lorsqu’il la termine, en 1853, il a perdu à la fois sa chaire et son poste aux Archives ; il est devenu un exilé de l’intérieur. La composition même de cette œuvre correspond à un tournant majeur de sa vie, lié aux événements politiques du milieu du siècle, de la révolution de 1848 au coup d’Etat du 2 décembre 1851.» L’édition originale, dans son découpage dont les notices rendent compte, est ainsi choisie pour conserver l’aspect le plus vivant, le plus personnel du texte. Les révolutions ne cessent de poursuivre Michelet dans son travail. Premières phrases de sa préface de 1869 à sa gigantesque Histoire de France : «Cette œuvre laborieuse d’environ quarante ans fut conçue d’un moment, de l’éclair de juillet. Dans ces jours mémorables, une grande lumière se fit, et j’aperçus la France. / Elle avait des annales, et non point une histoire. […] Le premier, je la vis comme une âme et une personne.» Première phrase (après une longue introduction) d’Histoire de la Révolution française : «La convocation des Etats Généraux de 1789 est l’ère véritable de la naissance du peuple. Elle appela le peuple tout entier à l’exercice de ses droits.» La France et le peuple : les personnages sont en scène. Notons que, pour Michelet, la Révolution commence en avril 1789 et s’achève avec l’«assassinat de Robespierre» le 29 juillet 1794, c’est-à-dire en fait le 28, puisqu’il se trompe en faisant réintégrer le calendrier classique au 10 thermidor.

«Lorsqu’on proposa naguère d’élever des statues à Voltaire et Rousseau, Mme Sand, dans une lettre admirable, demanda que les deux génies réconciliés fussent placés sur le même piédestal… Les grandes pensées viennent du cœur», écrit Michelet dans une note de son introduction. Mais cette union à laquelle il aspire se révélera inaccessible. Il y a dans son Histoire de la Révolution française une sorte de vaudeville sanglant où coule plus de sang que d’humour, où une ironie cruelle prend malgré tous le plus grand rôle. Chacun ne cesse, à des moments critiques, de faire ce qu’il ne faut pas. Louis XVI par rapport à Necker, Lafayette et Mirabeau (Mirabeau et Danton sont pour Michelet «les deux génies» de la Révolution si Robespierre en est le «grand homme») ? «La cour mit toujours sa profonde politique à perdre et ruiner ses sauveurs.» Robespierre, qui n’est certes pas l’enfant chéri de l’auteur, ne fera pas mieux dans sa «monomanie d’épuration absolue». Et la façon dont Michelet annonce sa chute après que Danton et Desmoulins ont été guillotinés, comme une union posthume, a quelque chose de bouleversant : «Cette longue association de tribune avec Danton, cette camaraderie d’éloquence, ce bon, ce grand cœur de Camille, qui lui fut si dévoué, tout ce passé déchirant, était là tout près de lui dans la terre ; ils l’attendaient, l’appelaient, non comme des ombres irritées, mais comme des amis magnanimes, dans la clémence et la nature.» Durant la Terreur, «la clémence» était l’ennemie et tout tourna au pire quand «les exagérés» furent eux-mêmes définis comme des «indulgents». Au procès de Louis XVI, ceux qui voulaient le laisser vivre prétendaient que c’était pour le punir, tandis que ceux qui réclamaient son exécution immédiate disaient barbare de le laisser l’attendre. Et cette opposition centrale : «J’ai dit le budget de la guerre (en 1784) : 46 millions pour l’officier, 44 pour le soldat. Pourquoi dire soldat ? mendiant serait le mot propre.» Honneur de la Convention : «Elle étend l’Hôtel-Dieu, ordonnant que, dans chaque lit, il n’y aura qu’un malade (on en mettait jusqu’à six).» Dans sa page de conclusion d’Histoire de la Révolution française, l’auteur craint d’avoir «trop souvent réduit la grandeur des hommes héroïques qui, en 93 et 94, soutinrent de leur indomptable personnalité la Révolution défaillante». Il n’y a pourtant pas de quoi. C’est juste que Michelet met la Révolution si haut qu’aucun de ses acteurs, sinon lui soixante ans plus tard, ne peut se tenir en permanence à sa hauteur.

Il n’y a évidemment pas que George Sand : le propre cœur de Michelet est un grand penseur et écrivain. Dernières phrases de trois chapitres consécutifs retraçant l’été 1789 : «Moi-même, leur compagnon, labourant à côté d’eux dans le sillon de l’histoire, buvant à leur coupe amère, qui m’a permis de revivre le douloureux Moyen Age, et pourtant de n’en pas mourir, n’est-ce pas vous, ô beau jour, premier jour de la délivrance… J’ai vécu pour vous raconter !» Puis : «Depuis cette merveilleuse nuit, plus de classes, des Français, plus de provinces, une France ! / Vive la France !» Et : «Un phénomène plus grand que tout événement politique apparut alors au monde : la puissance de l’homme, par quoi l’homme est Dieu, la puissance du sacrifice, avait augmenté.» «"Ainsi finit le meilleur jour de notre vie." Ce mot que les fédérés d’un village écrivent le soir de la fête à la fin de leur récit, j’ai été tout près de l’écrire moi-même en terminant ce chapitre», assure Michelet à la fin du chapitre «De la religion nouvelle. Fédération (juillet 89-juillet 90)». Ce fut «une génération plus qu’humaine» et : «Si l’héroïque bonté de ce moment [14 juillet 1790] eût pu se soutenir, le genre humain gagnait un siècle ou davantage ; il se trouvait avoir, d’un bond, franchi un monde de douleurs…» L’exaltation de Michelet est aussi ancrée dans sa biographie : la nation, le peuple et la révolution sont les personnages d’une autofiction à sa manière.

«Lèvres vomissantes»
Les prélats sont ses ennemis. «On put voir parfaitement où ces hommes de Dieu avaient leur vie et leur cœur : la propriété ! Ils la défendirent, comme les premiers chrétiens avaient défendu la foi !» Il en aura d’autres, comme Hébert, «l’infâme Père Duchesne, cet excrément du journalisme». Portrait de Marat : «Le nez au vent, retroussé, vaniteux, aspirant tous les souffles de popularité, les lèvres fades et comme vomissantes, prêtes, en effet, à vomir au hasard l’injure et les fausses nouvelles, il dégoûtait, indignait, faisait rire. Mais sur cet ensemble bizarre, on croyait lire Septembre [c’est-à-dire l’instigateur des massacres dans les prisons début septembre 1792, royalistes et droits communs confondus dans les mêmes exécutions], et l’on ne riait plus.» Michelet, pour qui «la question sociale» est si importante, verra avec consternation diverger les intérêts du peuple et de la bourgeoisie. Sa grande amie, c’est l’éducation (avec «la femme», c’est le sujet de son cours au Collège de France en 1849). Histoire de la Révolution, sur le projet de Lepeletier (tué pour avoir voté la mort du roi) en 1793 : «L’enfant, s’il est pauvre, sera nourri par l’école même. On ne verra plus ce spectacle impie d’un enfant qui vient à l’école grelottant et affamé, et que l’école renvoie, lui refusant le pain de l’esprit parce qu’il n’a pas celui du corps, lui disant : "Tu es misérable ; eh ! bien, tu le seras toujours ; tu étais celui de tous qui avais le plus besoin de l’école ; va, on t’en exclut." / Ah ! nous embrassons de tout notre cœur cette grande et chère espérance ! Que la misère ici-bas, si elle doit poursuivre l’homme, soit abolie pour l’enfant ! Si nous devons être misérables, nous l’endurerons peut-être. Mais que ceux-ci, qui n’ont fait nulle faute que de naître, soient protégés, garantis.»

«Poches pleines de pierres»
Plus que Marat, Michelet se voit comme l’ami du peuple. Mais il décèle une perfidie assassine quand Robespierre juge ce peuple «toujours juste et bon». Thèse encore plus «odieuse» quand il va plus loin lors du procès du roi : «Il fait du peuple, non l’organe naturel et vraisemblable de la justice éternelle, mais il a l’air de le confondre avec la justice même. Déification insensée du peuple, qui lui asservit le droit. […] Il s’agissait cette fois du très funeste principe dont mourut la Convention, et qui, dès sa naissance, avait été posé contre elle par Robespierre aux Jacobins, à savoir : Que le peuple garde le droit de révoquer ses députés, avant la fin de leur mandat […], ce qui revient à dire […] que le député tremblant siégera et votera sous la censure des tribunes, soumettant jour par jour sa conscience aux injonctions de la foule. A quoi Marat ajoutait cette aimable variante que le peuple souverain viendrait écouter ses députés avec des poches pleines de pierres, pour que, s’ils ne marchaient pas droit, il pût non pas seulement annuler l’élection, mais anéantir les élus.» Tout change sans cesse. Après Valmy, «le monde se donne à la France», «le drapeau de la France était constitué celui du genre humain, celui de la délivrance universelle». Mais cet étendard ne restera pas si glorieux et les Girondins vont à la mort en modifiant celui de la Marseillaise : «Contre nous de la tyrannie /Le couteau sanglant est levé.» Il n’y a rien que la Révolution ne révolutionne, au risque de revenir à une autre monarchie.

Comment tout cela fut-il possible ? Face à «l’insurrection morale» des Jacobins, la Convention s’est soumise, «aimant mieux dire : J’étais libre, que de dire : J’ai été lâche». C’est aussi que la Révolution n’a pas juste créé son calendrier mais une autre notion du temps, où quelques mois seulement séparaient ce qui, «au cours ordinaire des choses, aurait fait des âges du monde. […] Il n’y avait plus ni siècle, ni année, ni mois, ni jour, ni heure… Le temps n’existait plus, le temps avait péri. La Révolution, pour mieux se mettre à l’aise, semblait avoir commencé par exterminer le temps. Libre du temps, elle allait sans compter». La Terreur n’était là que pour préparer un radieux «paradis où tout ne serait que douceur, tolérance et philosophie, où les loups, désapprenant leurs appétits sanguinaires, paîtraient l’herbe avec les moutons. / Pour préparer cet Eden, il fallait d’abord, il est vrai, quelques centaines de têtes». Michelet a deux anecdotes à la Hugo pour finir son livre avec la mort de Robespierre et les temps changeants. Un homme voulant atténuer ses souffrances quand il n’était que blessé, Robespierre lui aurait dit : «Je vous remercie, Monsieur», comme si «Citoyen» n’était déjà plus de mise. Et le livre s’achève sur ceci, raconté à Michelet par un homme qui avait alors 10 ans et sortait du théâtre avec ses parents, peu après Thermidor : des voitures attendaient et les chauffeurs demandaient «"Faut-il une voiture, mon maître ?" L’enfant ne comprit pas trop ces termes nouveaux. Il se les fit expliquer, et on lui dit seulement qu’il y avait eu un grand changement par la mort de Robespierre».

Par Mathieu Lindon
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madame antoine

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Aglae

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeLun 4 Mar - 9:28

Chère Madame Antoine, merci de ces passionnants compléments ( y compris le visage de Michelet, qui est impressionnant....)

Belle journée à vous......
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madame antoine

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeLun 4 Mar - 9:49

Impressionnant est le terme juste.

Bien à vous

madame antoine

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Noche de Varennes

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeLun 11 Mar - 8:27

Cette nouvelle édition dans La Pléiade fait parler les medias. La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 49856

  • La Révolution française pour Michelet n'est pas seulement un événement ou une transition entre deux régimes. C'est le nom d'une dynamique d'universalisation, avec l'idée que les temps démocratiques seraient ceux d'une évolution perpétuelle vers la justice et la cité universelles, avec l'intégration de nouvelles populations ou catégories. La Révolution, c'est le nom de l'ère dans laquelle nous vivons et qui continue de nous travailler.
    Paule Petitier


Visionnaire ? bom

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Aglae

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeLun 11 Mar - 10:32

fffffffff " visionnaire" ?? bien difficile à dire.......

J'ai beaucoup lu et beaucoup regardé de reconstitutions théâtrales cinématographiques.......

J'ai toujours autant de difficultés à adhérer à une synthèse;
Mes deux préférées = Mona Ozouf et François Furet;

Ceci parce qu'ils prennent en compte la diversité des milieux sociaux, les inconscients collectifs de l'époque, et effectuent un travail réaliste....


La Révolution Française a été un engrenage dont les milliers de composantes doivent être prises en compte.....Et non un mouvement unifié, avec un enjeu ( même DES enjeux) clair, tenu avec rigueur;
Elle s'est nourrie de voltes face, de trahison, de surenchère, elle a été mue par des personnalités allant d'un bout à l'autre de l'horizon psychologique ( psychiatrique ?) ......
A côté de la politique, toute une civilisation a été impactée, moeurs, coutumes, arts, société, économie......
Des années de massacres, de génocides, d'hystérie collective, de pillages, de rançonnements par des "bandes armées" comme aux pires temps des guerres avec l'Angleterre par exemple, qui ont submergé la France;

Mon sentiment n'est pas positif; non, il n'y a pas eu, à mon avis de vrai gain démocratique, et le peuple est demeuré pauvre;

Les vraies révolutions qui ont allégé le sort du peuple ont été les progrès scientifiques, l'instruction obligatoire, les transports modernes qui ont "désenclavé" les campagnes.......
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Airin

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MessageSujet: Re: La Révolution française par Jules Michelet   La Révolution française par Jules Michelet - Page 3 Icon_minitimeSam 7 Sep - 22:00

La réédition, sous la direction de Paule Petitier, de l’Histoire de la Révolution française, de Jules Michelet, dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard) fait événement. Une occasion, l’année du 230e anniversaire, de revenir à son déclenchement, sur ce moment fondateur de la modernité.

Pourquoi relire Michelet aujourd’hui ?

Paule Petitier
- Tout d’abord pour le plaisir que cela peut procurer, à cause de la force de l’écriture. On constate aujourd’hui une certaine prise de conscience de la valeur de l’écriture littéraire pour saisir l’histoire, que ce soit chez les romanciers actuels, dont beaucoup sont attirés par la matière historique, ou chez des historiens qui réfléchissent aux rapports entre littérature et histoire, tels Ivan Jablonka ou Judith Lyon-Caen, par exemple. On a, avec Michelet, une écriture de l’histoire qui montre la capacité du travail littéraire à appréhender la complexité et la profondeur des questions historiques et collectives.

Totalité de l'interview dans L'Humanité.

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