Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Eblouissante Venise !

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pimprenelle

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MessageSujet: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeLun 21 Mai - 10:30

Bonjour, le Boudoir de Marie-Antoinette ! Eblouissante Venise ! 454943

Bonne nouvelle, après l'inoubliable Sérénissime!...
http://maria-antonia.forumactif.com/t8075-serenissime-venise-en-fete-de-tiepolo-a-guardi

... voici qu'on nous annonce une nouvelle exposition sur Venise. Eblouissante Venise ! 887322

EBLOUISSANTE VENISE !

Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle

26 septembre 2018 - 21 janvier 2019


Eblouissante Venise ! Bannie10

En pleine renaissance artistique, la Venise du XVIIIe siècle est une cité ouverte à tous les plaisirs. Sa modernité s’exporte partout en Europe et fonde de nouvelles esthétiques.

En hommage à cette vitalité, musiciens, danseurs et comédiens dialogueront avec la peinture et avec le public chaque mercredi soir.

https://www.grandpalais.fr/fr/evenement/eblouissante-venise

A vos agendas !  Eblouissante Venise ! 887322

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Chakton

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeLun 11 Juin - 23:04

Pour télécharger le dossier pédagogique :
https://www.grandpalais.fr/fr/article/eblouissante-venise-le-dossier-pedagogique

En bonus, parce que je suis bon prince, l'affiche en entier. tongue

Eblouissante Venise ! Ee_ven10

On comprend du coup mieux ce que vient faire ce pied sortant du cadre. Wink

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Airin

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeLun 11 Juin - 23:42

En attendant l'ouverture, quelques infos glanées sur le net.

Éblouissante Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle

Exposition du 26 septembre 2018 au 21 janvier 2019 organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, avec la collaboration de la Fondazione Musei Civici di Venezia, Venise où l’exposition sera présentée après Paris (23 février – 9 juin 2019).

Eblouissante Venise ! 20160510
Giandomenico Tiepolo, Scène de carnaval ou Le Menuet (détail), 1754-1755, huile sur toile, 80,5 x 105 cm, Paris, musée du Louvre,
photo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux



Héritière d’une tradition multiséculaire, la civilisation vénitienne brille de tous ses feux à l’aube du XVIIIe siècle, dans le domaine des arts plastiques autant que dans ceux des arts décoratifs, de la musique et de l’opéra. Grâce à la présence de très grands talents, parmi lesquels, pour ne citer qu’eux, les peintres Piazzetta et Giambattista Tiepolo, le vedustiste Canaletto, les sculpteurs Corradini et Brustolon, Venise cultive un luxe et une esthétique singuliers. La musique y vit intensément à travers les créations de compositeurs comme Porpora, Hasse, Vivaldi, servies par des chanteurs de renommée internationale comme le castrat Farinelli ou la soprano Faustina Bordoni. Au sein des « Ospedali » les jeunes filles orphelines ou pauvres reçoivent une éducation musicale approfondie et leur virtuosité les rend célèbres dans toute l’Europe. Dans la cité, pendant le Carnaval, le théâtre et la farce sont omniprésents, la passion du jeu se donne libre cours au « Ridotto » .

La renommée internationale des peintres et sculpteurs vénitiens est telle qu’ils sont invités par de nombreux mécènes européens. La portraitiste Rosalba Carriera, Pellegrini, Marco et Sebastiano Ricci, Canaletto, Bellotto, voyagent en Angleterre, France, Allemagne et Autriche où ils introduisent un style dynamique et coloré qui prend la forme du rocaille en France, du Rococo dans les pays germaniques et contribuent à former de nouvelles générations de créateurs. L’immense chef d’oeuvre de Giambattista Tiepolo, la voute de l’escalier d’honneur de la Résidence de Wurzbourg est exécuté entre 1750 et 1753.

Cependant la situation politique et économique de Venise devient de plus en plus fragile et un essoufflement se fait sentir à partir de 1760 même si la Sérénissime demeure la destination privilégiée des voyageurs du grand tour qui constitue une clientèle attitrée pour les « Vedute » de Canaletto, Marieschi et Francesco Guardi.

Tout au long du XVIIIe siècle, le mythe de Venise, cité unique par son histoire, son architecture, son mode de vie, sa vitalité festive, se développe peu à peu. De grands peintres s’expriment encore, dans la ville elle -même et sur la terre ferme. Avec Giandomenico Tiepolo et Pietro Longhi, la peinture incline progressivement vers la représentation plaisante d’un quotidien vivant, coloré, sonore, peuplé d’étranges figures masquées. Le carnaval bat son plein et Goldoni restitue sous forme comique, dans ses pièces de théâtre les travers et les contradictions de la société contemporaine. Néanmoins, derrière les fastes des cérémonies publiques, l’organisation oligarchique de l’Etat et l’économie se sclérosent dangereusement. L’intervention de Napoléon Bonaparte provoque la chute de la République en 1797.

L’exposition est un hommage à cette page d’histoire artistique de la Serenissima, en tout point remarquable, par le choix des peintures, sculptures, dessins et objets les plus significatifs ainsi que par la présence de comédiens et musiciens se produisant in situ.


  • Un pas de côté !


Macha Makeieff a imaginé des espaces à la fois pour un récit vivant de cette Venise éclatante mais aussi pour une traversée de sensations et d’étonnements: échos de musique, de danse et de scène, rendez-vous nocturnes réguliers pour un public désireux de remonter le temps dans la lagune (programme détaillé à venir).

Avec la complicité du conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, des théâtres Gérard Philipe à Saint-Denis et de La Criée à Marseille et d écoles d art qui se prêtent au jeu des mélanges heureux.

Commissariat : Catherine Loisel, conservateur général honoraire du patrimoine
direction artistique : Macha Makeieff

Informations pratiques
Ouverture : du jeudi au lundi de 10h à 20h ; mercredi de 10h à 22h ; fermeture hebdomadaire le mardi
Fermeture à 18h les lundis 24 et 31 décembre
Tarifs : 14 €, TR 10 € (16-25 ans, demandeurs d’emploi et famille nombreuse), gratuit pour les moins de 16 ans, bénéficiaires des minima sociaux
Accès : métro ligne 1 et 13: «Champs Elysées-Clemenceau» ou ligne 9 : «Franklin D. Rossevelt»
Informations et réservations : www.grandpalais.fr
https://swing-feminin.com/


Dernière édition par Airin le Sam 29 Sep - 11:45, édité 1 fois
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globule
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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeLun 24 Sep - 8:09

Pour se mettre un peu plus dans l'ambiance. Eblouissante Venise ! 914132

Eblouissante Venise ! Xvm92c10
Giambattista Tiepolo, «Le triomphe de Pulcinella» (1753-1754)
Bridgeman Images/RDA


13 février 1789. Catastrophe ! Le doge est mort. Les traditions veulent que l'on mette fin à toute réjouissance pour célébrer un deuil national. Mais on est en plein carnaval. Des milliers de gens sont venus du monde entier s'amuser sur dans les calle, sur les campi, dans les palais et les alcôves de la Sérénissime. Annoncer la mort du doge serait mettre fin à la pluie d'argent qui tombe sur Venise.

Il faut sauver les apparences. Le doge attendra. La mort ne sera annoncée que le 2 mars, le mercredi des Cendres qui met fin au carnaval qui aura duré six mois.

En cette fin du XVIIIe siècle, Venise attire plus que tout autre cité dans le monde. Elle est riche de palais, d'églises… et de courtisanes. Un guide d'ailleurs a été publié qui en fait le recensement et leur attribue des notes. Les théâtres, les Opéras sont légion. Goldoni fait le pari qu'il produira une pièce nouvelle chaque mois. On se précipite.
http://www.lefigaro.fr/culture/

Farce ! Eblouissante Venise ! 914132 C'est comme si on y était.

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madame antoine

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeJeu 27 Sep - 9:53

Voici un autre article sur cette exposition.

Venise au XVIIIe: l'exubérante mise en scène au Grand Palais à Paris

Difficile de rendre l'exubérance de la Cité des Doges au XVIIIe siècle, bigarrée, raffinée et finissante: une exposition au Grand Palais réussit ce pari en réunissant les plus grands maîtres vénitiens, mais aussi de la musique, du mobilier, du théâtre et même de la danse.

Jusqu'au 21 janvier, le musée parisien accueille "Éblouissante Venise: Venise, les arts et l'Europe au XVIIIe siècle".

Piazzetta, Tiepolo père et fils, Canaletto, Guardi, Pellegrini, Ricci, Carriera, Longhi... Ces maîtres ont dépeint sans fin l'ambiance des canaux, des palais, des églises et des places de la Sérénissime. Pour certains, ils ont tellement séduit les visiteurs étrangers que ceux-ci les ont invités à apporter le raffinement vénitien jusque dans leurs pays, en Angleterre, France, Allemagne.


Le pari qu'ont osé la commissaire Catherine Loisel, conservatrice générale du patrimoine, et la directrice artistique, Macha Makeïeff, chargée de la scénographie, était de sortir du conventionnel pour restituer l'atmosphère de la Cité des doges: elles ont bien mis en scène son théâtre permanent sur les places, comme le montrent des peintures foisonnantes de personnages truculents.

Les mercredis soirs, des performances de théâtre, musique et danse seront présentées pour restituer la sensualité de ce tableau vivant. Ces nocturnes incluront des séances de musiques improvisées et de musiques contemporaines.


Un monde qui se défait

Giandomenico Tiepolo, un des fils de Giambattista Tiepolo, moins connu que son père, laisse un chef d'oeuvre en 1797, dernière année de cette période baroque et glorieuse: dans des couleurs pâles, sa fresque Polichinelles et saltimbanques dit tout de la dérision et de l'inquiétude sourde d'un monde qui se défait.

Cette même année, l'intervention de Napoléon Bonaparte provoquera la chute de la République de Venise, dont le pouvoir et l'économie s'étaient peu à peu sclérosés.

Cette exposition, souligne Mme Makeïeff, montre "la place de la théâtralité à Venise: tout y est affaire de regard, de qui regarde qui". Regards de moquerie, de convoitise, alors que la rigueur du pouvoir s'exerce sur les Vénitiens et que fourmillent les intrigues: alors, on se travestit, on livre sa fortune aux jeux de hasard, on fait la fête en musique, on écoute le castrat Farinelli pour oublier.

Dans ce contexte d'affinement général du regard, joue la fascination pour le "Mondo Novo", une sorte de lanterne magique qui montre les palais vénitiens différents de nuit et de jour à partir des mêmes gravures. La magie des miroirs optiques est alors une des grandes attractions.

A mesure qu'il progresse dans l'exposition, le visiteur va se sentir dans un salon, avec un jeu de miroir, une porte peinte de riches motifs, un fauteuil incrusté de verre bleu de Murano. Accompagné des musiques de Porpora et de Vivaldi, il va se laisser impressionner par le luxe des costumes (pour certains orientaux) ou intriguer par le port des masques lors des carnavals.

Un film est diffusé en boucle pour rendre, selon les propos de la scénographe, "la sensation organique, la poétique du délitement, la corrosion" de la cité des Doges: on y voit le clapotis permanent des flots verts, alors que les cloches sonnent à toute volée.

"Au XVIIIe siècle, son régime politique qui la distingue des monarchies, ses traditions artistiques et musicales la rendent singulière et attirante", relève Catherine Loisel. Mais, dans le même temps, "Venise a épuisé ses forces".




madame antoine

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Airin

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeSam 29 Sep - 11:44

Aventurons-nous dans la féerie de Venise... Wink

Le Grand Palais nous invite au voyage dans la Venise du XVIIIe siècle. La Venise d'avant la chute, où le carnaval dure des mois, où le spectacle est permanent, où on joue son argent, où les palais regorgent de luxe. La Venise de Canaletto, Francesco Guardi et Giambattista Tiepolo. Une Venise qui fascine l'Europe et dont on s'arrache les grands peintres (jusqu'au 21 janvier 2019).

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A gauche, Bighella, marionnette, anonyme, XVIIIe siècle, Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, casa di Carlo Goldoni -
A droite, Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, "Le Campo San Vidal et Santa Maria Della Carità ou l'Atelier des tailleurs de pierre à San Vidal", v.1725,
Londres, The National Gallery, don de George Beaumont
©️ A gauche ©️ Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia -
A droite Photo ©️ The National Gallery, Londres, Dist. Rmn-Grand Palais / National Gallery




Venise au XVIIIe siècle, c'est toute une atmosphère qu'ont voulu recréer pour le public du Grand Palais la commissaire de l'exposition, Catherine Loisel, et sa scénographe, Macha Makeïeff. Il s'agissait, pour celle-ci, de faire vivre "des sensations différentes et une vraie traversée". Et c'est assez réussi. Contrairement à certaines expositions où la scénographie trop appuyée finit par sembler artificielle, superflue, elle sert ici le propos de façon très appropriée.

Il y a la peinture, bien sûr, mais il s'agissait aussi d'évoquer le luxe des palais, les jeux, le spectacle et la musique omniprésents dans une ville qui va vers la décadence mais brille encore de tous ses feux.

"Tout le monde croit connaître Venise mais la ville est beaucoup plus mystérieuse qu'on l'imagine. L'exposition est conçue un peu comme une initiation à une Venise secrète et effervescente. On dit toujours que le XVIIIe siècle vénitien est une période de décadence et j'ose espérer qu'à la fin de la visite, vous penserez le contraire", dit Catherine Loisel.

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Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, "Il Rio dei Mendicanti", vers 1723,
Venise, Fondazione Muxsei Civici di Venezia, Ca'Rezzonico -Museuo del Settecento Veneziano, 2018
©️ Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia



  • Les "vedute", de Canaletto à Francesco Guardi


Le parcours commence et finit en peinture, avec les fameuses "vedute" (vues), inventées par Gianantonio Canal, dit Canaletto (1697-1768). La première salle présente une série de ses panoramas de la ville, où les verticales des palais et des immeubles viennent croiser l'horizontalité de l'eau. Si on les regarde bien, ces paysages urbains fourmillent de détails extrêmement vivants du quotidien de la cité. Alors qu'une mère houspille son petit enfant qui est au sol, une femme se penche d'une terrasse pour regarder la scène, un homme taille une pierre, à la fenêtre, une femme file la laine, une autre secoue son balai. On discute dehors par petits groupes ou on file sur l'eau. Il peint les palais et les nobles en costumes et aussi des quartiers plus populaires et leurs mendiants.

L'exposition se terminera avec les "vedute" de Francesco Guardi (1712-1793), un peu plus tard dans le siècle. Sa touche plus vibrante que celle de Canaletto, ses nocturnes, ses ciels plus tourmentés, son récit de "L'incendie San Marcuola" en 1789, annoncent la fin de la République indépendante de Venise qui existait depuis le Moyen-Âge et où le système d'élections complexes au sein de l'aristocratie permettait d'éviter une dérive autocratique. La République se saborde en 1797, alors que l'armée de Napoléon Bonaparte arrive sur la lagune.

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Giambattista Tiepolo, "L'Offrande faite par Neptune à Venise", 1756-1758, Venise, Palazzo Ducale
©️ Cameraphoto/Scala, Firenze



  • Gianbattista Tiepolo, fil rouge de l'exposition


Dès l'entrée de l'exposition, on est accueilli par un monumental portrait en toge rouge du "Procurateur Daniele IV Dolfin", plus haut magistrat de Venise après le doge, qui pose le contexte politique. Il a été réalisé par le peintre Gianbattista Tiepolo (1696-1770), le plus important peintre de décors italien du siècle, "fil rouge dans le choix des œuvres puisqu'il nous accompagne jusqu'à la dernière moitié du siècle", souligne Catherine Loisel. Il y a aussi une vraie toge en soie rouge, une grande maquette de palais en bois…

Ambiance musicale, ensuite, avec une partition de Vivaldi, des instruments, des évocations musicales. Car la musique est partout à Venise, où on forme des orphelines ou des jeunes filles pauvres dans les "ospedali", pour qu'elles deviennent des musiciennes accomplies, et où on vient de toute l'Europe pour entendre des opéras. Un théâtre de marionnettes comme ceux qu'on trouvait sur les places ou dans les palais est reconstitué.

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Francesco Guardi, "Le Ridotto du Palazzo Dandolo à San Moisè", vers 1746, Venise,
Fondazione Musei Civici di Venezia, Ca'Rezzonico, Museo del Settecento Veneziano 2018
©️ Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia



  • Le spectacle et les jeux de hasard


Depuis le siècle précédent, déjà, de partout en Europe, on vient à Venise pour ses divertissements, notamment pour le carnaval qui dure des mois à l'époque. Le spectacle est partout dans la rue. Giandomenico Tiepolo, fils de Giambattista Tiepolo, se fait une spécialité des scènes de spectacles vénitiennes, un genre qu'il a inventé lors d'un long séjour en Espagne avec son père. A son retour, il décore même la maison familiale de fresques dont une, consacrée à Polichinelle, est présentée au Grand Palais.

On va aussi à Venise pour ses jeux de hasard. Une peinture de Francesco Guardi décrit l'ambiance effervescente du "Ridotto", un casino géré par l'Etat qui était installé dans un appartement où on se rendait masqué et où on pouvait rencontrer des prostituées, des usuriers, où des intrigues se nouaient.

Eblouissante Venise ! Ok-ric10
Marco Ricci, "Une répétition d'opéra", vers 1709, New Haven, Yale Center for British Art
©️ Yale Center for British Art



  • Les Anglais, grands amateurs de peinture vénitienne


Les étrangers repartent parfois avec des artistes vénitiens dans leurs valises, comme l'ambassadeur d'Angleterre Charles Montagu, qui emmène Gianantonio Pellegrini et Marco Ricci. Ceux-ci décorent théâtres et demeures. Marco Ricci invente le thème de la peinture de répétitions musicales.

Autre personnage clé des échanges entre l'Angleterre et Venise, le consul Joseph Smith commande des œuvres à des artistes vénitiens qu'il fait vendre à Londres par son frère. Il collectionne de nombreuses peintures de Canaletto qu'il revend au roi George III à cause d'un revers de fortune, faisant ainsi entrer un ensemble important du peintre dans les collections royales. Joseph Smith fait même venir Canaletto à Londres où il peint la Tamise et le pont de Westminster.

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Rosalba Carriera, "Autoportrait", 1708-1709, Florence, Galleria degli Uffizi
©️ Photo ©️ Archives Alinari, Florence, Dist. RMN-Grand Palais / Fratelli Alinari



  • Rosalba Carriera à Paris, les Tiepolo à Madrid


En France, c'est le financier et mécène Pierre Crozat qui invite la pastelliste Rosalba Carriera à Paris. Elle vient avec son beau-frère Gianantonio Pellegrini qui travaille au décor de la Banque royale en 1720-21. Un décor détruit depuis mais dont il reste des études. Tout un réseau se constitue autour de Watteau, Sebastiano Ricci, Marco Ricci, François Boucher, Rosalba Carriera, qui s'écrivent, s'échangent des dessins.

A Madrid, c'est Giambattista Tiepolo qui est invité par le roi à décorer la salle du trône du palais royal en 1762. Il y reste jusqu'à sa mort avec ses deux fils. Il avait déjà travaillé avec Giandomenico et Lorenzo à Wurtzbourg, en Autriche.

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Giandomenico Tiepolo, "Scène de carnaval ou Le Menuet", Paris, Musée du Louvre, département des peintures
©️ photo ©️ RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux



  • Le luxe des palais


Des objets décoratifs évoquent le luxe des palais : une porte peinte, une commode aux décors floraux, un fabuleux reliquaire en forme de miroir couvert de fleurs en verre de Murano.

Un espace "numérique" imaginé par Macha Makeïeff propose une projection d'images de l'eau qui vient heurter les marches ou baigne une grille, des portes en bois attaquées par l'humidité au son du clapotis. Il s'agissait de "retrouver le côté organique et la poétique de cette ville qui se délite", explique-t-elle. "Je voulais que le public ait un moment de sas où il découvre les perceptions qu'on a à Venise, parce que ce qui m'importe, ce sont les sensations du visiteur." Et des robes en papier dégringolent du plafond au-dessus du grand escalier.

Les tableaux de Giandomenico Tiepolo traduisaient l'ambiance enfiévrée du carnaval sur les places de Venise, où tout est spectacle, y compris l'exercice de l'arracheur de dents. Un spectacle qui s'invite en vrai dans l'exposition, à l'occasion de concerts et de pièces de théâtre donnés lors des nocturnes, les mercredis de 19h à 22h (sauf les 26 septembre, 26 décembre et 2 janvier) et le week-end du 12-13 janvier dans la journée.

Eblouissante Venise ! Ok-gua10
Francesco Guardi, "La Piazza San Marco pendant la fête de l'Ascension", 1777, Lisbonne, Museu Calouste Gulbenkian
©️ Calouste Gulbenkian Foundation, Lisbon Calouste Gulbenkian Museum - Founder’s


https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/evenements/de-canaletto-au-carnaval-promenade-dans-la-venise-du-xviiie-au-grand-palais-279879

Bien entendu, rien ne vaut une petite escapade (en amoureux) à Venise, pour humer la quintessence des lieux.  Wink
Mais attendant, cette exposition rend bien l'atmosphère.
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Sido Scorpion

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeDim 30 Sep - 14:32

Je n'ai qu'un mot à dire : "éblouissant !"
Et son catalogue pour raviver les souvenirs. Eblouissante Venise ! 405462

Eblouissante Venise ! 35180_10

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Avais-je atteint ici ce qu'on ne recommence point ?
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Out Of The Blue

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeVen 5 Oct - 12:12

Et la Musique, dans tout ça ? Wink


  • Vivaldi, Hasse, Farinelli... L'éblouissante Venise du XVIIIe siècle !

Publié le lundi 01 octobre 2018 à 09h40
Tout est musique et plaisir dans la Venise du XVIIIe siècle. C’est ce que met en lumière l’exposition “Éblouissante Venise !” au Grand Palais jusqu’au 21 janvier 2019.

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Giovanni Antonio Canal, dit CANALETTO : Vue du Palazzo Ducale vers la Riva degli Schiavoni,
©️ Civico Gabinetto dei Disegni del Castello Sforzesco


« Eblouissante Venise ! », tel est le titre donné par le Grand Palais pour l’exposition consacrée aux arts dans la république Sérénissime du XVIIIe siècle. Éblouissantes, les scènes de jeu du Ridotto du Palazzo Dandolo à San Moisé peintes par Francesco Guardi, l’entrée du Grand Canal sous le pinceau de Canaletto, mais aussi la musique, omniprésente dans la cité vénitienne.

Venise et la musique, c’est une histoire de masques et d’orphelines. De masques, car l’opéra vénitien n’est ouvert que pendant la période du célèbre carnaval, faisant de l’événement le point culminant de la vie musicale. Et d’orphelines, car c’est une des particularités de la Cité des Doges : quatre « pieux hospices » (Pio Ospedale) recueillaient des jeunes filles pour en faire des musiciennes, constituant un fabuleux champ d’expérimentation pour les compositeurs…

Carnaval, masques et opéra

Si la musique est partout à Venise, elle est davantage présente pendant la période du carnaval. Une période un peu spéciale dans la Cité des Doges, puisqu’elle dure plus longtemps, du début du mois d’octobre à l’Avent, puis du 26 décembre au mardi gras, plus deux semaines supplémentaires à l’ascension. Les maisons d’opéra sont nombreuses : citons le Teatro San Benedetto, le plus célèbre de la seconde moitié du XVIIIe siècle, le Teatro San Moisé, le Teatro Sant’Angelo dont Vivaldi fut l'imprésario, ou encore le Teatro San Samuele qui voit la création de Griselda du même Vivaldi.

Eblouissante Venise ! 600_gu10
Francesco Guardi : Le Ridotto du Palazzo Dandolo à San Moisè, vers 1746,
©️ Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia


Venise attire alors toute l’aristocratie européenne. Derrière le masque, rois et reines, princes et ducs bénéficient d’un anonymat qui leur permet de s’adonner au jeu du Ridotto qui consiste à se rendre au café ou à l’opéra tout en passant inaperçu. Cette aristocratie souhaite acclamer les grands noms, applaudir Farinelli, que tous les théâtres vénitiens s’arrachent. C’est ce qu’explique Catherine Loisel, commissaire de l’exposition Éblouissante Venise ! au Grand Palais :

  • Farinelli a eu un énorme succès à Venise, on dit qu’on le suivait sur la Piazza San Marco quand il sortait. Il y avait entre les théâtres une émulation, parce que Farinelli rassemblait le plus de public, il fallait donc que les autres théâtres présentent des spectacles magnifiques pour avoir aussi un public.




Cette même aristocratie voudra ensuite, une fois rentrée dans son pays natal, retrouver les charmes de leur séjour vénitien. La grande chanteuse Faustina Bordoni, née et formée musicalement à Venise, connut un tel succès que sa carrière dépassa bien vite les frontières italiennes, comme à Londres où elle crée de nombreux rôles d’opéras de Haendel, et Dresde où elle épouse le compositeur Johann Adolf Hasse.

Exporter Venise et ses charmes, cela passe également, pour les compositeurs, par la programmation et l’édition de leurs œuvres dans les grandes villes d’Europe. Les célèbres 4 Saisons de Vivaldi sont imprimées une première fois à Amsterdam en 1725, et données 3 ans plus tard au Concert Spirituel à Paris. La composition, elle, est néanmoins bel et bien vénitienne, et est intimement liée au formidable vivier de jeunes musiciennes dont bénéficiait le Prêtre roux à l'Ospedale della Pietá…

La musique des orphelines

La grande particularité de la vie musicale vénitienne au XVIIIe siècle, c’est la présence d’artistes de grande qualité, issus de quatre hospices qui assurent leur formation musicale. Le plus célèbre est l'Ospedale della Pietá, où Vivaldi fut d’abord maître de violon (à partir de 1704), puis compositeur principal (de 1713 à 1740).

Ces hospices, au nombre de quatre à Venise, recueillent tant les orphelines que les filles issues d’unions illégitimes. Quasi cloîtrées, ces jeunes filles sont, selon leurs capacité, dévouées à l’entretien de l’institution, ou deviennent instrumentistes ou chanteuses, et donnent des concerts très appréciés du public, comme en témoigne Jean-Jacques Rousseau, secrétaire à l’ambassade de France à Venise en 1743-1744 :

  • Tous les dimanches, à l’église de chacune de ces quatre scuole, on a, durant les vêpres, des motets à grand chœur et en grand orchestre, composés et dirigés par les plus grands maîtres de l’Italie, exécutés dans les tribunes grillées, uniquement par des filles dont la plus vieille n’a pas vingt ans. Je n’ai l’idée de rien d’aussi voluptueux, d’aussi touchant que cette musique : les richesses de l’art, le goût exquis des chants, la beauté des voix, la justesse de l’exécution, tout dans ces délicieux concerts concourt à produire une impression qui n’est assurément pas du bon costume, mais dont je doute qu’aucun cœur d’homme soit à l’abri.


Vivaldi, tout comme Hasse, Lotti, Tartini, et bien d’autres compositeurs enseignants dans ces hospices, bénéficient ainsi d’artistes de haut niveau pour interpréter leurs compositions. Une particularité qui contribue à faire de Venise une ville majeure dans la vie musicale européenne. Mais, comme le souligne l’historien de la musique Patrick Barbier « aucune d’elle ne pouvait “faire carrière”. Un frein qui nuisit profondément à l’image de la Sérénissime au cours du XVIIIe siècle et qui explique pourquoi cette dernière fut rapidement détrônée par Naples : la cité parthénopéenne, de son côté, envoyait sans état d’âme ses jeunes adultes des conservatoires (tous des hommes) exercer leur art aux quatre coins de l’Europe, consacrant partout l’idée d’une “école napolitaine” auréolée de prestige ! ». Pour éblouissante qu’elle fut, Venise aurait ainsi gagnée à favoriser la carrière de ses musiciennes…
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Shibboleth

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeSam 20 Oct - 10:37

Promotion du patrimoine italien

Organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais* avec la collaboration de la Fondazione Musei Civici di Venezia, l’exposition "Éblouissante Venise" met en lumière les fastes de Venise au XVIIIe siècle, autour des œuvres de Piazzetta, Giambattista Tiepolo, Canaletto, Porpora, Hasse ou encore Vivaldi. Le mécénat de Generali s’inscrit dans une démarche initiée il y a plusieurs décennies par la compagnie : restaurer et valoriser le patrimoine italien en France. Elle a notamment soutenue l'exposition "Primitifs italiens" au Musée Jacquemart-André en 2000, et la restauration du cabinet du Giotto au Château de Chantilly en 2003.


Generali et Venise, un mécénat de cœur

Fondé en 1831 à Trieste, Generali s’installe en 1832 à Venise sur la place Saint-Marc dans les désormais célèbres “Procuratie Vecchie”. La direction pour l’Italie y siège ensuite jusqu’au début des années 1990. Aujourd’hui, la compagnie restaure le bâtiment sous la direction de l’architecte David Chipperfield afin d’y héberger sa fondation, The Human Safety Net. Le lieu, qui sera ouvert au public, accueillera également des conférences, des colloques et des expositions ainsi que des espaces dédiés à l’incubation de projets sociétaux. Generali finance également la restauration de jardins royaux situés à l’arrière de la place Saint-Marc, afin de faciliter leur accès à la place et offrir de nouvelles perspectives au quartier. “La beauté de Venise est une source d’inspiration pour le monde, et Generali est fier d’enrichir l’héritage de la ville en restaurant le quartier de la Place Saint-Marc, a confié Philippe Donnet, CEO du groupe Generali. En ouvrant les "Procuratie Vecchie" au public pour la première fois en 500 ans, nous créons un espace nouveau et vibrant où tous pourront se retrouver pour discuter ensemble des grands enjeux de notre société.” Generali est également depuis 2016 sponsor du Prix Marco Polo Venise, qui récompense un roman italien traduit en langue française publié dans l'année en cours, et finance la restauration de la statue de Saint-Marc sur la flèche de Notre-Dame de Paris.


*avec la participation du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, des théâtres Gérard Philipe à Saint Denis et de La Criée à Marseille, du Pavillon Bosio, école supérieure d’Arts plastiques de la Ville de Monaco, et du laboratoire d’humanités digitales de l’École polytechnique fédérale de Lausanne.


http://www.carenews.com/fr

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cassos

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeMer 24 Oct - 9:33

Magnifique exposition ! Eblouissante Venise ! 914132
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Airin

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeDim 4 Nov - 10:49

En effet, magnifique, somptueuse. Eblouissante Venise ! 405462 Et pour vous donner encore plus envie de la voir :

Eblouissante Venise ! Xvm9c110

Derrière le luxe de ses cérémonies et le faste de ses parades, Venise vit au XVIIIe siècle les dernières lueurs d'une brillante histoire millénaire. La peinture de l'époque en reste le plus riche héritage, comme en témoignent les chefs-d'oeuvre exposés au Grand Palais, à Paris.

Venise est un paradoxe: construite sur 118 îlots cernés par la vase, séparés par un lacis de 200 canaux qu'enjambent 400 ponts, elle était la capitale d'un empire maritime et commercial qui fut le plus grand port du Moyen Age après Constantinople. Passerelle gothique entre l'Orient et l'Occident, elle connaît une éclatante notoriété au XVIe siècle avec l'apparition de Giorgione, Titien, du Tintoret et Véronèse. Elle n'est pourtant plus, deux siècles plus tard, que le souvenir de sa splendeur passée.

Magnifiquement vêtu de pourpre, le doge semble gouverner mais il n'est que le laquais de la République. Les nobles affichent un luxe insolent alors qu'ils sont d'une affligeante pauvreté. La cité se veut brillante alors que son empire dépérit et que décline son pouvoir politique. Mais les Vénitiens n'avaient aucun mal à jouer la comédie: leur ville n'était-elle pas la plus belle scène de théâtre du monde?

Accès à l'intégralité de l'article : http://www.lefigaro.fr/culture/
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le beau lauzun

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeVen 16 Nov - 12:29

Il y a des villes qui parlent à l'imaginaire. Venise en fait à coup sûr partie. Chacun possède son image de la Cité des Doges, confortée par de nombreuses visites sur place. Il suffit de voir la foule sur la place Saint-Marc presque toute l'année. Le Grand Palais en a profité pour proposer un «Eblouissante Venise», centré sur le XVIIIe siècle. Le dernier d'une République millénaire. L'exposition ravive le souvenir d'une fête constante, à laquelle participe déjà l'Europe entière. Le Carnaval ne dure-t-il alors pas, par à coups tout de même, durant six mois? D'où des visions tenaces de masques et de dominos (1).

En général, ce type de manifestations s'axe sur la peinture. Normal! L'art vénitien d'alors constitue un produit d'exportation. D'abord les touristes (qui restent alors de riches personnages opérant leur Grand Tour) ramènent chez eux des Canaletto ou des Guardi comme ils auraient plus tard acquis des cartes postales. Les artistes eux-mêmes voyagent ensuite beaucoup, comme le rappelle une section de l'exposition actuelle. Canaletto lui-même part à Londres afin d'en mettre sur toiles des vues de la ville. Tiepolo décore des plafonds de Würzburg à Madrid. Sébastiano Ricci séjourne aussi en Angleterre. Gian Antonio Pellegrini, le plus vadrouilleur de tous, opère à Mannheim, La Haye, Londres, Paris, Dresde, Prague ou Vienne, accompagné de son épouse cantatrice, Angela Carriera. La musique reste encore italienne durant presque tout le Siècle des Lumières.
Un peu de tout

Ici, Catherine Loisel a voulu faire plus, à défaut de mieux. Elle a tenté de faire entrer, en plus des peintures, l'époque entière dans les nefs du Grand Palais. L'ambition peut sembler énorme, surtout si l'on n'entend pas faire entrer les œuvres au chausse-pied dans des salles surchargées. La commissaire a donc pris un peu de tout. C'est un échantillonnage. Il y a des meubles peints, qui devaient paraître très séduisants neufs, des partitions de musique, des marionnettes, une porte, des vêtements, de la porcelaine, des sculptures ou des dessins. Restait bien sûr à donner un sens à leur réunion. Le décor s'est vu confié à Macha Makeïeff, «metteure en scène et plasticienne». Un choix malheureux. Il eut été plaisant de voir les mêmes choses sans les hideux papiers peints ni les coquetteries de présentation. Pourquoi un lion empaillé derrière une grille, par exemple? L'art vénitien du «Settecento» (2) se révèle déjà assez chargé comme ça. Inutile d'en remettre. Le Grand Palais ne ressemblera de toute manière jamais à la Ca' Rezzonico, le musée du XVIIIe siècle de Venise. Il n'offrira ni la vue sur le Grand Canal, ni les vrais plafonds de Tiepolo ou de Giambattista Crosato.

Vouloir un panorama aussi complet supposait aussi de se pencher sur les institutions politiques, ô combien complexes, de la Sérénissime et sur sa vie économique et sociale. Voilà qui présume beaucoup des visiteurs. Le visiteur ignorant tout à l'entrée ne saura donc pas grand chose à la sortie. Comment expliquer au fil des cartels (et sans rallonger à l'infini l'audioguide) que le doge élu à vie n'a aucun pouvoir, que les Conseils gèrent à sa place la République, que la diplomatie vénitienne passe alors pour la mieux informée du monde et que le pays possède encore des colonies en Grèce ou sur la côte dalmate en dépit de l'avancée turque? De quelle manière décrire une économie n'étant certes plus celle qu'elle était au XVe siècle, quand Venise contrôlait la moitié du commerce mondial, mais ayant cependant de beaux restes. Au XVIIIe siècle, qui marque le déclin méditerranéen, Venise a assis son pouvoir sur l'Italie du Nord, devenant ainsi une puissance agricole.
De Tiepolo à Guardi

Il semble difficile, dans ces conditions, d'expliquer la chute de la République devant Bonaparte en 1797 autrement que par un texte final. Sobre, celui-ci offre l'avantage d'éviter la répétition des clichés habituels. La Venise «décadente» de 1780 n'était pas fatalement destinée à disparaître. La preuve! Le duché de Modène a pu se reconstituer après 1815. Et la minuscule république de Saint-Marin a survécu jusqu'à nos jours du côté de Rimini. Mais soyons justes. La seconde moitié du siècle semble avoir peu intéressé Catherine Loisel, qui a coproduit l'exposition avec les Musei Civici de Venise. Il y manque aussi bien le sculpteur Antonio Canova que le graveur Piranèse. Et tous les peintres, peut-êtres secondaires mais bien réels, de la fin du «Settecento» se voient oubliés.

La visite en vaut cependant la peine pour la réunion d’œuvres. Il en est de célèbres comme le spectaculaire «Portrait de Daniele V Dolphin» de Tiepolo, venu du Palazzo Querini-Stampaglia, ou la maquette du Palazzo Venier dei Leoni, resté inachevé (3), prêtée par le Museo Correr. Il y en a aussi à découvrir, lorsqu'elles sont conservées dans des lieux insolites. J'ignorais qu'une église de l'Eure abritait l'un de rares tableaux d'autel de Federico Bencovich ou que «Les pèlerins d'Emmaüs» de Gian Antonio Guardi (le frère du védutiste) se trouvait à la collégiale des Andelys. Notez que l'énorme Canaletto avec la Salute ne soit pas avoir été repéré auparavant par beaucoup de monde. Il arrive tout droit du Musée de Grenoble.

Un dernier mot. Il signalera une création d'Isabelle de Borchgrave, la spécialiste du papier. L'artiste a fait s'envoler sept robes en cette matière dans la cage de l'escalier. C'est plutôt réussi, même si cela fait encore une chose de plus. Je veux bien que le «Settecento» vénitien soit visuellement un temps d'opulence, mais tout de même...

(1) Un domino est ici un vêtement à capuchon.
(2) Les Italiens ne comptent pas les siècles comme nous. Le «Settecento» correspond donc au XVIIIe siècle.
(3) Le Palazzo Venier dei Leoni, resté à l'état de soubassement, abrite aujourd'hui la Collezione Peggy Guggenheim.
https://www.bilan.ch/
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeLun 19 Nov - 9:12

Bonjour à tous les Amis du Boudoir de Marie-Antoinette,

Voici également une analyse s'inscrivant dans le cadre de cette Exposition.

Venise ou l’inventivité permanente

Venise est un théâtre, une exposition au Grand Palais en explore les coulisses. Entretien avec Catherine Loisel, conservatrice, et Macha Makaïeff, metteure en scène de l'exposition.

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GUARDI il ridotto palazzo Dandolo• Crédits : Grand Palais

Venise, ses artistes, ses palais. Une vision irréelle. Une merveille qui depuis 600 ans apparaît au voyageur qui découvre la lagune. Au Grand Palais à Paris, une exposition explore les méandres des créations que la ville a suscitées.

Considérée depuis le XIe siècle comme la plus grande puissance économique de Méditerranée, elle règne sur le commerce pendant six siècles. Elle construit, chante, peint, sculpte, festoie, danse et se livre a des joies nulle part ailleurs aussi partagées et ici éperdues dans un décor songeur.

Après la profondeur de Bellini Giorgione, les soleils rougeoyants de Titien ou Tintoret, la nuit aurait pu tomber sur la Venise du XVIIIe siècle. Mais magique encore, et prestigieuse, Venise demeure exubérante, créative et fascine toujours l’Europe.

Les artistes arrachent à la mélancolie de ce crépuscule les derniers éclats de lumière et influencent toujours les cours européennes. Bonaparte met fin en 1797 à 1000 ans de République et quelques mois plus tard, la France abandonne la Sérénissime à l’Autriche.

L'exposition du Grand Palais raconte le dernier siècle, splendide et peut-être triste de cette merveille déchue alors que les noms des grands artistes Vivaldi, Goldoni, Tiepolo, Corradini résonnent à nos oreilles auréolées d’une gloire intacte.


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Canaletto, Atelier des tailleurs de pierre• Crédits : Grand Palais

Eblouissante Venise ! 838_ti10
Tiepolo, Polichinelles et Saltimbanques• Crédits : Grand Palais

Voici le lien permettant d'écouter l'émission.
https://www.franceculture.fr/emissions/lart-est-la-matiere/venise-ou-linventivite-permanente

Voici également deux vues d'ensemble.

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Vue de l'exposition, scénographie Macha Makeïeff• Crédits : Grand Palais

Eblouissante Venise ! 838_vu11
Vue de l'exposition, scénographie Macha Makeïeff• Crédits : Grand Palais

Bien à vous

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeDim 9 Déc - 11:09

Eblouissante Venise : qui étaient les artistes de la Sérénissime ?

Le peintre Canaletto (1697-1768) faisait partie des artistes vénitiens les plus célèbres oeuvrant pour les souverains étrangers. Ici, une de ses vedute (panoramas urbains), intitulée Môle vu en direction de la Riva degli Schiavoni (1742). Huile sur toile. H. : 110 cm. L. : 185 cm, Pinacoteca del Castello Sforzesco, Milan.

Eblouissante Venise ! Ebloui10
© Civico Gabinetto dei Disegni del Castello Sforzesco

La Sérénissime a rayonné sur le Vieux Continent au XVIIIe siècle, grâce à ses peintres, sculpteurs et musiciens invités dans les cours royales. Rencontre avec Catherine Loisel, conservateur général honoraire du patrimoine et commissaire de l’exposition “Eblouissante Venise” au Grand Palais.

GEO Histoire : Dans l’histoire de Venise, on associe le XVIIIe siècle à son déclin. Vous montrez pourtant, à travers cette exposition, que la cité n’a jamais été aussi éblouissante qu’à ce moment-là…

Catherine Loisel : Rappelons que la République vénitienne a chuté en 1797 lorsque les troupes françaises de Bonaparte sont entrées dans la ville pour la céder ensuite à l’Empire austro-hongrois. Mais il ne faut pas résumer le XVIIIe siècle vénitien à cette date fatidique. C’est une époque où la cité des Doges était un modèle artistique qui a influencé l’Europe avec ses talents. Quand on lit les mémoires de l’auteur Carlo Goldoni, de l’espion-diplomate Giacomo Casanova ou bien du poète et librettiste Lorenzo da Ponte, on réalise à quel point l’art était omniprésent dans les rues de Venise et combien les barnabotti, les nouveaux nobles vénitiens – des propriétaires terriens – étaient d’une insouciance folle avec leur argent qu’ils dépensaient dans les tableaux, les jeux, les femmes… Cette dilapidation de l’argent de l’Etat a d’ailleurs joué un rôle aussi important que l’arrivée des troupes de Bonaparte dans la chute de la Sérénissime.

Les artistes vénitiens se déplaçaient beaucoup en Europe. Peut-on parler d’une diaspora ?

Oui. Il y avait un axe culturel vers l’Europe centrale, surtout après la victoire à Corfou du maréchal allemand Johann Matthias von der Schulenburg, le dernier condottiere de la République de Venise, contre les Ottomans en 1716. Parmi les «exilés», on peut citer Giambattista Tiepolo, le plus grand peintre du XVIIIe siècle vénitien, qui a travaillé, de 1750 à 1753, sur les décors de la résidence de Würzburg, siège d’une principauté ecclésiastique du Saint-Empire romain germanique, mais aussi Sebastiano Ricci un peintre baroque qui a réalisé une fresque pour le palais de Schönbrunn, à Vienne. Plus insolite, Agostino Steffani, un compositeur d’opéras, avait reçu en cadeau un évêché dans le nord de l’Allemagne, près de Hanovre ! L’autre axe se prolongeait vers Londres. En 1708, Giovanni Antonio Pellegrini, peintre rococo, est parti pour l’Angleterre avec Marco Ricci, un spécialiste des vedute, ces paysages vénitiens du XVIIIe siècle. Vous trouverez très peu de ces tableaux à Venise car ils étaient surtout commandés par les mécènes étrangers. Les Anglais et la cour de Saxe, à Dresde, en raffolaient.

L’art vénitien a-t-il également eu une incidence en France ?

Oui, grâce notamment au collectionneur d’art Pierre Crozat, fin connaisseur de la peinture vénitienne. En 1720, il a hébergé dans ses appartements privés la portraitiste Rosalba Carriera qui lança la mode du pastel en France après son portrait de Louis XV, mais aussi Sebastiano Ricci qui a profondément influencé le peintre Antoine Watteau. Le régent, Philippe d’Orléans, avait invité le peintre Giovanni Pellegrini pour décorer le plafond de la banque d’Etat créée par John Law, à Paris. Un travail qui a influencé François Boucher, l’artiste le plus représentatif du style «rocaille», le rococo à la française.

Le système politique de Venise, qui avait la réputation d’être replié sur lui-même, n’était pas très favorable à ces exils artistiques…

Le Conseil des Dix, principal organe exécutif et judiciaire de la ville, et les inquisiteurs d’Etat surveillaient les nobles et les artistes comme le lait sur le feu grâce à leurs espions, les «confidents». La République avait instauré de nombreux droits de douane et limitait l’exode de ses artistes, notamment les artisans spécialisés comme les verriers de Murano qui, au XVIIIe siècle, étaient menacés de prison s’ils quittaient la cité-Etat. Il faut lire les Lettres d’Italie du parlementaire français Charles de Brosses qui résume parfaitement la situation sclérosée des institutions vénitiennes : «Ici, écrit-il, on peut faire tout ce que l’on veut si l’on ne s’occupe pas de politique.»

Entretien paru dans le magazine GEO Histoire sur Lucky Luke et la conquête de l’Ouest (n° 41, octobre - novembre 2018).
https://www.geo.fr/

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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeMar 11 Déc - 6:33

Voici un avis mitigé.

Une exposition au Grand Palais (Paris) entend retracer le mythe de Venise capitale des arts et du plaisir au siècle de Casanova et de Tiepolo. Elle manque, hélas, son sujet. (Tancrède Hertzog)

Eblouissante Venise ! France10
Francesco Guardi (gravure 180), Le Ridotto du Palazzo Dandolo, ˆSan Moise, vers 1746, huile sur toile, 108 x 208 cm
Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, Ca' Rezzonico - Museo del Settecento Veneziano 2018. © Archivio Fotografico - Fondazione Musei Civici di Venezia.


Venise est un mythe. Et ce n’est pas que depuis l’avènement du tourisme de masse, des porte-clés en forme de tour Eiffel, de la Joconde reproduite sur les t-shirts ou les tasses de thé et des navires de croisière agrémentés de piscines et de toboggans géants voguant devant les arcades du palais des Doges que la Sérénissime est une image d’Epinal, une idée romantique que tout le monde connaît, du Nevada au Kamtchatka, quand bien même beaucoup doivent se l’imaginer comme une sorte de Disneyland peuplé de princes et de princesses poudrés, ne pas bien savoir dans quel pays cette cité tout droit sortie des eaux se trouve et doivent croire que c’est là-bas que fut inventée la pizza et que naquit Leonardo di Caprio.

Eh bien non, c’est dès le XVIIIe siècle, il y a trois cents ans, que les Vénitiens eux-mêmes s’aperçurent que leur cité unique suscitait l’admiration par delà les frontières : à cette époque, déjà, Venise devint la première capitale du tourisme. Un tourisme certes fort différent des hordes uniformisées d’aujourd’hui mais un tourisme tout de même, celui d’une élite de riches Anglais, Allemands et Français accomplissant leur voyage initiatique à travers l’Italie, le célèbre Grand Tour, et pour qui Venise était une étape obligée. Là où Rome attirait l’amateur pour ses ruines antiques et ses monuments de la Renaissance, Venise se fréquentait pour les mêmes raisons que l’on se rend à Las Vegas ou au casino de Monte-Carlo aujourd’hui. Les Vénitiens comprirent si bien le profit qu’ils pouvaient tirer de cet attrait qu’avaient les étrangers pour leur cité de jeux, de courtisanes et de théâtres, qu’en bons marchands qu’ils étaient, ils monétisèrent cette manne nouvelle jusque dans l’art : les artistes vénitiens se mirent à peindre des «souvenirs» pour ces hôtes prospères, afin qu’ils puissent emporter pour toujours avec eux un témoignage de leur découverte de Venise. Canaletto, Guardi, Bellotto et les autres développèrent ainsi l’art de la veduta, des vues peintes d’une précision mathématique qui fixaient, telle une photographie, l’aspect de la ville et de ses habitants, un genre de carte postale de luxe dont les Britanniques étaient de loin les plus friands et qui propagea, à travers l’Europe puis le monde, l’image merveilleuse de cette cité posée sur l’eau.

Eblouissante Venise ! Canale10
Canaletto, Vue de Venise, vers 1726-1728, Musée de Grenoble.

C’est ce mythe, celui de Venise capitale des arts et du plaisir au siècle de Casanova et de Tiepolo, que l’exposition qui se tient jusqu’à fin janvier au Grand Palais entend explorer : elle veut montrer sous toutes ses coutures, de la peinture au dessin en passant par les décors d’intérieur ou encore la musique, cette civilisation vénitienne si raffinée dans son dernier siècle de splendeur, avant qu’elle ne chute aussi inexplicablement que brutalement, en 1797, face aux troupes révolutionnaires venues de France.

L’exposition manque, hélas, son sujet et laisse insatisfait le spectateur qui avait pris au mot son sous-titre («Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle»). En faisant la part belle à la peinture, elle relègue au second plan les autres domaines – la sculpture, les arts décoratifs et l’architecture en particulier. Or Venise domine la scène italienne de l’époque non seulement par ses peintres mais également par ses productions décoratives, uniques en Italie : la cité lagunaire est, bien entendu, la ville du verre grâce aux industrieux ateliers de Murano, mais c’est aussi la ville du stuc et les plus grands stucateurs du siècle, Bassi et Stazio, sont Vénitiens. L’art de la boiserie n’est pas en reste de même que l’ébénisterie ou le travail des tissus. Les meubles vénitiens possèdent leur style et leurs caractéristiques à l’instar des meubles Régence ou Louis XV en France, le décor d’intérieur à la vénitienne étant une création totale, qui ne doit pas grand-chose à l’influence de la France, si prépondérante à l’époque ailleurs en Europe. Il est bien dommage de ne pas avoir mis plus en avant tous ces domaines d’expression alors même que ce sont ces productions-ci que le public connaît le moins, là où la peinture de Tiepolo, Canaletto et Longhi est devenue un poncif réducteur de ce qu’est la Sérénissime au siècle des Lumières.

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Andrea Brustolon, Venise, Ca’ Rezzonico.

Les arts décoratifs et la sculpture sont donc sous-représentés. Et les rares fois où ils sont montrés, ils sont maltraités : quatre très beaux socles sculptés dans l’ébène et le buis, commandés à Andrea Brustolon par Pietro Venier pour le décor de son palais de San Lio – soit le plus bel ensemble de mobilier vénitien conservé à ce jour, sont relégués sur le côté d’une pièce, dans l’embrasure de deux fenêtres occultées, leur débauche anthropomorphe rendue presque invisible. Le grand sculpteur Antonio Corradini n’est évoqué, lui, que par une petite Allégorie de la Foi venue du Louvre : il travailla pourtant à certains des plus grands chantiers de sculpture de son siècle, en particulier à l’extravagant décor de marbre de la chapelle du prince de Sansevero, à Naples, où il conçut l’une des plus belles figures voilées de la sculpture occidentale, la Pudeur.

Eblouissante Venise ! Antoni10
Antonio Corradini, Femme voilée (La Foi), marbre, Paris, Musée du Louvre.

La scansion même de l’exposition n’est pas des plus fluides. Le visiteur s’y perd et les informations données par les cartels, les textes de salles ou le catalogue sont pour le moins parcellaires. Et même si la peinture triomphe, certains peintres brillent par leur absence : il manque ainsi le védutiste Bernardo Bellotto et ses magnifiques vues de la Dresde baroque (du moins ses toiles – deux gravures de ses tableaux sont accrochées dans la section évoquant les séjours germaniques des artistes vénitiens). Notons, pour rester en peinture, que le voyage de Giambattista Tiepolo en Espagne – où il passa les huit dernières années de sa vie et où il mourut en 1770, est bien évoqué dans une petite salle, mais uniquement à travers des œuvres qui ne furent pas peintes lors de son long séjour madrilène ! Dans les autres domaines, il manque Piranèse et ses fantasmagoriques gravures tout comme Canova, le plus grand sculpteur du néoclassicisme, qui annonce une nouvelle ère alors que toute la Venise du Settecento a pour dénominateur commun les fioritures légères du rococo. Certes, la patrie esthétique de Piranèse comme de Canova fut bien plus Rome et ses sérieuses grandeurs antiques que Venise la frivole, mais tous deux appartiennent à la Vénétie, tous deux se sont formés et ont travaillé à Venise, tous deux sont Vénitiens ! Voilà pour les oublis. Mais les griefs ne s’arrêtent, hélas, pas là.

Outre son propos mal bâti et mal articulé, l’exposition est aussi un cas d’école de la prise de pouvoir des scénographes sur les historiens de l’art qui en sont les commissaires et n’ont, souvent, plus leur mot à dire. La véritable star de la chose, c’est le scénographe, pas les artistes, et l’exposition est son œuvre. On voit donc les nobles toiles de Ricci, Piazzetta, Tiepolo père et fils, Canaletto et Guardi prendre place sur des murs bariolés de faux damas, dans des salles envahies par des installations – appelons-les comme ça, faute de trouver un terme plus approprié pour les décrire – loufoques, entre jeux pour enfant et mauvaises élucubrations d’art contemporain. La commissaire de l’exposition a dû travailler avec peu de moyens et, surtout, peu de temps, en mauvaise entente avec la scénographe : visiblement, c’est celle-ci qui a eu le dernier mot.

Pour couronner le tout d’un diadème de malheur, le catalogue de l’exposition – la seule chose qui reste une fois la manifestation terminée – n’en est pas un : c’est tout au plus un album agrémenté de quelques essais d’histoire de l’art assez généraux, sans notices sur les œuvres exposées mais précédé, en revanche, d’une couverture kitsch à souhait, dorée et pailletée qui, en voulant certainement transmettre l’idée de l’élégance veloutée de la Venise du XVIIIe siècle, nous transporte plutôt dans l’ambiance d’un boudoir de discothèque branchée qu’un Pierre Cardin enivré de trop de champagne rosé aurait décoré pour le compte d’un Silvio Berlusconi de la grande époque du bunga bunga.

Alors, que retenir ? La section la plus intéressante de l’exposition est sans nul doute celle consacrée aux voyages d’artistes vénitiens dans l’Europe du XVIIIe siècle. A cette époque, après des siècles de domination culturelle italienne, le modèle français remplace celui du Bel Paese et se diffuse dans toute l’Europe. Versailles et Paris règnent sur les arts : c’est ce que l’on enseigne encore aujourd’hui dans les écoles en France. Cependant, à bien y regarder, quand les grandes cours du Siècle des Lumières appellent des artistes étrangers pour créer leur Versailles sur mesure, que ce soit en Allemagne, en Russie, en Espagne ou ailleurs, c’est encore aux Italiens qu’elles font recours, bien plus qu’aux Français. Et, parmi eux, aux Vénitiens en premier lieu. Les Tiepolo, père et fils, s’installant à la Residenz du prince-évêque de Wurtzbourg où ils peignent, sur le plafond du grand escalier, la plus vaste fresque jamais exécutée puis se rendant pendant près de huit ans en Espagne, envoyés par la Sérénissime pour décorer le palais royal voulu par Charles III et succéder à un autre Italien, Corrado Giaquinto, à la tête du chantier ; Rosalba Carriera popularisant en France l’art du portrait au pastel, à la psychologie si fine, si loin de la pompe aulique des portraits officiels de Hyacinthe Rigaud ; Giovanni Antonio Pellegrini œuvrant plusieurs années en Angleterre puis se rendant en France où il exécute les décors (détruits) de la Banque royale de France créée par John Law et travaillant également en Allemagne, dans les Pays-Bas et dans les Flandres tout en trouvant le temps pour un séjour à Vienne ; Sebastiano et Marco Ricci, oncle et neveu, également actifs plusieurs années en Angleterre, où séjourna longtemps Canaletto, le peintre préféré des Anglais du Grand Tour ; sans oublier Bellotto, Fontebasso et Diziani travaillant dans divers Etats allemands.

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Giambattista Tiepolo, Jupiter et Danaé, 1736, Stockholm, Nationalmuseum.

Au XVIIIe siècle Venise a perdu sa place dans le jeu du commerce mondial ainsi que son empire maritime, mais elle conserve sa splendeur et sa réputation à travers une politique artistique ambitieuse qui essaime en Europe et dont ces artistes sont les ambassadeurs. Dans le même mouvement, elle devient la capitale incontestée des plaisirs sur le continent, grâce au carnaval et au ridotto, premier casino d’Europe, installé au palais Dandolo depuis 1638 : en cela, elle précède le Paris de la Belle Epoque. Décadente, elle l’est, certes, sinon elle ne serait pas tombée comme un fruit mûr aux mains d’un jeune général corse, mais on oublie souvent de dire qu’au XVIIIe siècle Venise opère un recentrement réussi de ses intérêts de la mer Méditerranée vers ses possessions de Terre Ferme : son patriciat de marchands-navigateurs se mue en une aristocratie terrienne, qui bonifie les lagunes et les marais, fait creuser des canaux d’irrigation pour transformer en terres arables et productives presque toute la Vénétie. Alors que les guerres incessantes contre les Turcs l’avaient ruinée au XVIIe siècle, la petite République est à nouveau prospère au XVIIIe siècle. Elle décide seulement de se retirer du jeu politique international et de se murer dans une neutralité absolue dont elle pense être le seul moyen pour elle de perdurer alors que cette inertie, devenue atavique, sera sa vraie perte lorsque l’armée d’Italie commandée par Bonaparte plantera ses drapeaux tricolores devant ses portes en 1797.

Eblouissante Venise ! Giando10
Giandomenico Tiepolo, Polichinelles et Saltimbanques, 1797, fresque déposée, Venise, Ca' Rezzonico.

Une fresque détachée de la villa de Zianigo, la résidence privée où s’était retiré solitairement Giandomenico Tiepolo à la fin de sa vie pour peindre sans commanditaire et dire, à travers son langage à la fois triste et ironique, la fin imminente de la civilisation qui l’avait vu naître, conclue l’exposition et annonce cette fin, cette chute pathétique sans coup férir, de la Sérénissime république de Venise, après mille ans de farouche indépendance. La fresque en question représente deux Polichinelles, dont l’un est un enfant, accompagnés d’une jeune fille – qui en est probablement la mère, assistant à un spectacle d’acrobates devant un public mêlant Vénitiens et autres personnages de la Commedia dell’Arte. Expression de l’âme populaire, Polichinelle singe en la moquant la vie insouciante du peuple de Venise. Avec bouffonnerie, ces personnages masqués détournent les bonnes mœurs et les convenances, ils mettent le monde sens dessus-dessous, ils ne sont soumis à aucune règle : cette liberté, cette irrévérence qui les caractérise annonce l’esprit nouveau de la Révolution française qui souffle, menaçant, sur Venise l’immobile, où la classe patricienne prostrée sur ses privilèges refuse toute concession aux idées nouvelles. Toute une salle de la villa de Zianigo fut décorée à fresque par Giandomenico Tiepolo sur ce thème des Polichinelles : des murs au plafond, on les voit sortir des entrailles de la terre pour envahir le monde, s’élancer gaiement sur une balançoire, s’enivrer et se goinfrer jusqu’à l’étourdissement, enlever à plusieurs une jeune fille et se battre les uns contre les autres dans une bataille rangée, le tout constituant un détournement sarcastique de la grande peinture mythologique habituellement réservée au décor des villas des puissantes familles aristocratiques. Achevées en 1797, l’année même de la chute de la République, dans un style qui rappelle autant Goya que celui de Tiepolo père, ces scènes tirées de la vie réelle et du théâtre de rue, bien loin de la grandiloquence des églises et palais vénitiens du XVIIIe siècle, sont uniques en leur genre à Venise : aucun autre peintre de la Sérénissime n’avait vu si clair dans le destin de sa patrie. Ou bien aucun n’avait voulu y croire.

Par sa date, cet ensemble, aujourd’hui conservé au musée de Ca’ Rezzonico à Venise, est le tout dernier chef-d’œuvre pictural produit dans la République vénitienne par un Vénitien. C’est la dernière grande invention de cette cité qui, de Bellini à Tiepolo père en passant par Giorgione, Lotto, Titien, Tintoret, Véronèse et Canaletto, illumina l’Europe des feux de son génie artistique. De toute les œuvres que l’exposition du Grand Palais nous montre, la fresque peinte par Giandomenico Tiepolo au soir de sa vie est sans conteste la plus émouvante. On s’arrêtera longtemps devant son harmonie de bruns et de blancs, le trait vibrant, la touche enlevée et les couleurs claires à la tonalité un peu délavée avant de regagner la sortie en emportant avec soi ce dernier fragment, désabusé et joyeux, de civilisation vénitienne – si tant est que l’on parvient à soustraire son regard à l’espèce de cages à oiseaux en peluche dérisoire plantée là par la scénographe, face au testament pictural de Venise.

https://laregledujeu.org/2018/12/10/34644/la-venise-d-avant-le-deluge-s-expose-au-grand-palais/


EBLOUISSANTE VENISE!
Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle.
Grand Palais, Galeries nationales.
Exposition du 26 septembre 2018 au 21 janvier 2019.

Bien à vous

madame antoine



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MessageSujet: Re: Eblouissante Venise !   Eblouissante Venise ! Icon_minitimeSam 9 Mar - 11:40

Peut-être vous savez pas mais le carnaval n'a pas toujours été permis à Venise. Non je déconne pas. Eblouissante Venise ! 49856

Qui pourrait imaginer la Sérénissime sans son célèbre carnaval ? Et pourtant, de tout temps, les autorités de la ville ont cherché à l’interdire, y voyant une source de débauche et d’indécence. Même Napoléon s’en est mêlé.

Lui encore lui !!!! Eblouissante Venise ! 543852 Eblouissante Venise ! 543852 Eblouissante Venise ! 543852

“Partout l’on ne parle que du carnaval de Venise. Ce sont les masques qui procurent alors ici la plus grande distraction, comme du reste lors d’autres divertissements. Les Vénitiens – festifs par nature – adorent se réunir en grand nombre à l’occasion de pareilles réjouissances et masquer ce faisant leur identité sous des déguisements.” C’est par ces mots que l’écrivain anglais Joseph Addison, au début du XVIIIe siècle, décrivait le carnaval de la cité lagunaire, un événement qui, à l’époque, suscitait de vives controverses.

Depuis des siècles déjà, adversaires et partisans de la mascarade s’affrontaient, un conflit qui s’est encore aggravé quand Napoléon Bonaparte a carrément interdit le carnaval de Venise en 1797. Il redoutait, dit-on, que quelqu’un ne se serve d’un déguisement pour attenter à ses jours. Les festivités bariolées se sont donc retrouvées condamnées à se dérouler en secret, en silence, chez soi. Il n’a été de nouveau possible de manifester bruyamment sa joie dans les rues qu’au lendemain de l’unification de Venise avec l’Italie, le 18 octobre 1866.

https://www.courrierinternational.com/

Heureusement maintenant on peut et c'est trop bien !!!!!! Eblouissante Venise ! 887322 Eblouissante Venise ! 887322 Eblouissante Venise ! 709648 Eblouissante Venise ! 709648 Eblouissante Venise ! 887322 Eblouissante Venise ! 887322

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