Le Boudoir de Marie-Antoinette

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 Un peuple et son roi de Pierre Schoeller

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le beau lauzun

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Ven 21 Sep - 10:09

C'est genre, dans 5 jours ! Qui y va ?
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pimprenelle

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Sam 22 Sep - 21:59

le beau lauzun a écrit:
C'est genre, dans 5 jours ! Qui y va ?

Perso, je ne vais pas me précipiter. Rolling Eyes

La Révolution française a donné lieu à l'écran à des fresques (le film de six heures de Robert Enrico), des portraits ("Marie Antoinette", "Danton") et des parodies. Pierre Schoeller a lui choisi de montrer un peuple prenant son destin en main.

"Je voulais essayer de filmer le peuple, surtout un peuple politique", explique à l'AFP le réalisateur qui s'est fait connaître avec "L'exercice de l'Etat", film sur la vie d'un cabinet ministériel, qui remporta trois César en 2012.

Dans "Un peuple et son roi", en salles mercredi après avoir été présenté hors compétition à la Mostra de Venise, il filme une poignée de personnages fictifs dont Françoise, une lavandière incarnée par Adèle Haenel, se mêlant à des figures historiques plus ou moins connues de la Révolution française.

Avec pour ambition de montrer la vie dans ce qu'elle a de plus concret, au cours de cette période phare de l'histoire: "que faisaient les patriotes de Paris le soir du 14 juillet ? Que faisaient les enfants de Paris au milieu des insurrections ? Comment des femmes par centaines ont-elles trouvé l’énergie de marcher quatre heures durant sous la pluie froide d'octobre?", s'est demandé le réalisateur.

Autant de moments qu'il va restituer en deux heures, avec des ellipses (la prise de la Bastille n'est pas montrée mais suggérée par l'afflux de lumière après la destruction de la forteresse) et de nombreuses scènes au plus près de cette population.

"Le coeur du film, c'est la colère populaire, l'organisation dans les quartiers", souligne Adèle Haenel. "La Révolution fait advenir un peuple qui n'existait pas".

En plus de filmer le peuple, le film laisse une grande place au politique, retraçant la tension des débats à l'assemblée, les discours des députés jusqu'à ce vote qui décide du sort du roi. Une scène magistrale.

- Clair-obscur -

Comme le suggère son titre, "Un peuple et son roi" ne cesse d'explorer les liens entre le peuple qui considère son roi (incarné par Laurent Lafitte) comme le descendant de Dieu avant de se sentir trahi et d'opter pour sa mort. Le film se termine d'ailleurs en janvier 1793 avec l'exécution de Louis XVI.

Un "événement sanglant et complexe qui fait que nous ne sommes plus les mêmes", souligne Pierre Schoeller, tout en précisant que le film n'est pas "fait pour parler d'aujourd'hui", ni des révolutions récentes, comme celles du printemps arabe.

"Je n'ai pas montré aux comédiens de scènes de révolution actuelle comme appui de jeu" contrairement au metteur en scène Joël Pommerat pour sa pièce "Ca ira", dit-il.

Pour se fondre dans cette période, il s'est considérablement documenté et a mis sept ans pour mener à bien ce projet. Par souci de réalisme, les scènes de nuit sont éclairées à la bougie et à la lanterne, enveloppant le film dans un clair-obscur.

En outre, "80% des paroles prononcées l'ont été lors de débats, des discours à l'assemblée, il y a une partition que je voulais vraiment respecter", souligne-t-il.

"On prononce de vrais discours et on a beaucoup baigné dans la culture populaire révolutionnaire, avec les danses, les chants, les mélodies", renchérit Céline Sallette, qui incarne la reine Audu, une vendeuse de fruits devenue une héroïne de la Révolution.

Si le film se veut au plus vrai de la réalité historique, il ne respire pas pour autant la naphtaline et laisse une place de choix aux personnages féminins.

"L'histoire a été généralement écrite par des hommes, l'histoire (des femmes) est beaucoup plus silencieuse, il n'y a pas autant de figures historiques auxquelles s'identifier", déplore Adèle Haenel.

Forte de ce constat, l'actrice s'est battue pour donner de la substance à son personnage, qui réclame elle aussi des droits politiques.

https://www.rtl.be/info/index.htm


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Chakton

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Dim 23 Sep - 11:23

Vous voulez l'avis de quelqu'un qui l'a vu ? tongue

L’histoire on la connaît! Du moins dans les grandes lignes! Prise de la Bastille, fuite du Roi Louis XVI qui se fait arrêter à Varenne et exécution du traître sur la place publique!

Alors, pourquoi aller voir un énième film qui traite d’un sujet qui a près de 250 ans?

Déjà parce que cette Révolution a marqué l’Histoire et que l’histoire est là pour nous empêcher de reproduire les erreurs du passé et tacher de nous améliorer au fil du temps!

On a tendance à oublier qu’entre la prise de la Bastille, en 1789, et la mort du roi, en 1793, il s’est passé 4 ans!

4 années pendant lesquelles le peuple de Paris réapprend à vivre et à s’organiser dans une société chrétienne et pourtant débarrassée de son leader de Droit Divin.



Une des questions posées par ces nouveaux Citoyens qui rejettent l’ancien régime est « Est-ce que Dieu nous approuve ? » Comment savoir si ce qu’on fait est juste et si on ne va pas subir le courroux destructeur d’une puissance suprême?

Après l’arrestation du Roi fuyard s’ensuivent 2 années de procès à l’Assemblée Nationale avec une question cruciale en toile de fond! Faut-il tuer le traitre pour le punir ou bien cet acte de barbarie serait-il encore plus ignoble que les atrocités qu’il a commises?

Le roi lui-même a validé la création de l’Assemblée Nationale et lui a cédé son pouvoir! Il a accepté la Constitution et la Déclaration des droits de l'homme! Sa mort est-elle indispensable pour que la République puisse prendre un nouveau départ ?

Alors que la vie des Citoyens se réorganise autour de cette nouvelle Constitution, on se rend compte que celle-là même est injuste dans ses fondements! Faut-il en écrire une autre et détruire ce socle de lois fondamentales qui régit maintenant la vie de tous au risque de provoquer l’anarchie?

Le credo de la révolution c’est tous égaux, tous Citoyens, oui, mais jusqu’où? Qu’en est-il des femmes, des pauvres, des artistes... ? Certaines femmes se mettent à rêver qu’elles aussi puissent avoir un jour le droit de vote! Après tout, elles ont participé à la prise de la Bastille et assistent aux débats politiques à l’Assemblée! Ce sont elles qui ont marché sur Versailles pour réclamer du pain et le retour du roi à Paris! Mais le droit de vote accordé aux femmes reste encore une utopie et non-sens pour beaucoup!

Au niveau de la réalisation, c’est un film très agréable à regarder! À la fois drôle et émouvant! On y suit l’évolution des habitants d’un quartier pauvre de Paris ! Un groupe d’une vingtaine de personnages engagés et attachants qui se battent pour défendre leurs valeurs.

J’ai beaucoup aimé voir la vie des Parisiens qui s’améliore petit a petit tout au long du film sans que ce soit dit explicitement! Leurs habits sont plus propres, ils sont plus apprêtés, moins malades et plus forts! Les bébés plus vaillants! Les députés perdent leurs perruques blanches et leurs habits princiers pour une apparence plus consensuelle.

Peu à peu, Paris devient plus gai, plus joyeux, plus festif et surtout prêt à mourir pour se libérer !
https://www.sortiraparis.com/


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pimprenelle

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Dim 23 Sep - 11:24

Pierre Schoeller dépoussière pour sa part le drame historique dans Un peuple et son roi, revisitant la Révolution française dans un film choral à la fibre féminine.
https://focus.levif.be/culture/cinema/film-days-des-films-a-petits-prix/article-normal-986087.html

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Charlotte

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Lun 24 Sep - 8:35

La belle Adèle Haenel sur son rôle -


- Sipa -

Un peuple et son roi est un grand film choral et historique, un genre rare au cinéma. C’est ce qui vous a attirée ?
Adèle Haenel : Oui. Quand Pierre Schœller m’a appelée pour ce rôle de lavandière, j’ai réalisé quelle chance j’avais de participer à un projet d’une telle envergure. C’est fou de se dire que l’on va jouer la Révolution française. Surtout avec un cinéaste aussi précis dans sa reconstitution de l’époque et dans sa façon de raconter la construction des lois. Son film est singulier, et ce qui m’intéresse depuis toujours au cinéma, ce sont les projets vivants et courageux, les prises de risque.

Ce sont des thématiques qui vous interpellaient, aussi ?
Adèle Haenel : Complètement. Bien que le film soit ancré à la fin du XVIIIe siècle, il parle d’aujourd’hui. Je trouvais par ailleurs intéressant de comprendre comment, à travers la mobilisation, un peuple se constitue et comment la politique résonne émotionnellement en chacun de nous. Il y avait aussi la question des femmes. Il est important de leur redonner leur place dans l’Histoire, et le film s’y emploie. Leur marche a été primordiale pendant la Révolution, ce sont elles qui ont réclamé le retour du roi à Paris. A l’époque, elles demandaient déjà à avoir une parole politique. Ce que je trouve encore essentiel aujourd’hui.

Le cinéma, c’est votre engagement ?
Adèle Haenel : J’essaie d’aller vers des projets qui correspondent à mes convictions car mon engagement politique est avant tout artistique. Médiatiquement, je pense avoir exprimé assez clairement certains points de vue, mais je ne veux pas prendre fait et cause pour quelque chose de spécifique. Je refuse de dire aux gens ce qu’ils doivent penser, je ne cherche pas à les éduquer. Si j’essaie d’envoyer un signal, c’est uniquement celui-ci : il faut assumer sa singularité au maximum.

  • Il m’a fallu quelques jours d’adaptation pour trouver le bon équilibre entre le lâcher-prise et la maîtrise.


Vous avez joué beaucoup de révoltées. Comprenez-vous que l’on vous propose ces rôles ?
Adèle Haenel : Je suis sans doute un peu moi-même dans la révolte, tout simplement. J’ai l’impression que l’on promeut de plus en plus l’extrême normalité, que l’on nie la part sombre de l’être humain, qui existe pourtant. C’est une tendance assez dangereuse. Aussi, dans mes choix artistiques, je vais sans doute vers des personnages qui ne s’inscrivent pas dans cette « normalité » que l’on porte aux nues.

Vous êtes-vous replongée dans vos livres d’Histoire pour préparer ce film ?
Adèle Haenel : Avec les autres acteurs, nous avons assisté à une conférence d’historiens et lu Une histoire de la Révolution française, d’Eric Hazan. Le livre expose les faits, mais explique aussi les enjeux de la Révolution, les alliances, les limites. Mais, aujourd’hui, je serais bien embêtée si vous me demandiez de vous citer des dates ! Je suis loin d’être experte, j’ai juste mieux compris les tenants et les aboutissants. Quand on est actrice, c’est exaltant de pouvoir réfléchir à des sujets vers lesquels on n’irait pas spontanément. Cela fait partie des plaisirs de ce métier.

Le reste de l'interview porte sur d'autres films de l'actrice.
https://www.femina.fr/article/adele-haenel-je-fais-souvent-les-choses-a-l-envers

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- me stessa -
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de La Reinta

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mar 25 Sep - 8:39

Le portrait du comédien Laurent Lafitte

Le comédien Laurent Lafitte, qui était sur le plateau du magazine "20h30 le dimanche" animé en direct par Laurent Delahousse, a longtemps été celui dont les spectateurs reconnaissaient le visage sans pouvoir toujours y mettre un nom. Un acteur capable de se fondre dans n’importe quel décor, dans tous les registres : un vrai caméléon.

L’actuel pensionnaire de la Comédie-Française fait sa première apparition sur les écrans en 1988 alors qu’il est encore lycéen. Un lycée qu’il quitte pour s’inscrire au cours Florent où il rencontre Guillaume Canet qui va lui offrir son premier grand rôle dans Les Petits Mouchoirs (2010). Auparavant, il a joué dans la sitcom Classe mannequin (1993) et enchaîné dix ans d’apparitions furtives dans des séries télé ou au cinéma.

Une tête d’affiche, une star du box-office
Comme Laurent Lafitte avait l’impression d’avoir "une vie trop simple, trop douce et du coup de ne pas être très intéressant", alors, il a écrit son one-man show, osé la confrontation avec son public et libéré ses instincts comiques. Une expérience qui lui ouvre les portes de la Comédie-Française avec une nouvelle vie en troupe et sur les planches.



Le cinéma lui ouvre ensuite les siennes en grand, devenant une tête d’affiche et même une star du box-office avec Papa ou Maman, de Martin Bourboulon, avec 4,3 millions d’entrées cumulées sur les deux volets... A compter de mercredi 26 septembre 2018, Laurent Lafitte est à l'affiche du film Un Peuple et son roi, de Pierre Schoeller, en compagnie de Gaspard Ulliel, Adèle Haenel et Olivier Gourmet, dans lequel il incarne Louis XVI. L’acteur caméléon a fini par se faire un nom...

> Un portrait signé Eric Cornet.

https://www.francetvinfo.fr/

Sinon ....... le film c demain !!!!!

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globule
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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mar 25 Sep - 11:44

Elevons le niveau

De la prise de la Bastille à la mort du roi, toutes les grandes journées de la Révolution sont mises en scène : la marche des femmes sur Versailles le 5 et 6 octobre, la fuite à Varennes, le 10 août 1792, la proclamation de la République, puis le procès et l'exécution du roi. Les symboles révolutionnaires sont aussi bien présents : un arbre de mai est planté dans un village ; le soleil, symbole de la liberté retrouvée, se lève après la prise de la Bastille…

À travers ces grandes journées, bien connues de tous les amateurs d'Histoire, le réalisateur choisit de montrer comment se délite peu à peu le lien entre le peuple et son roi.

Le peuple est incarné par plusieurs personnages typés qui témignent de la diversité des situations : un artisan verrier, un paysan qui monte à la ville pendant la Révolution, Reine Audu, la patronne de la corporation des dames de la Halle, Lazowski, venu de Pologne, et plusieurs autres femmes qu’il s’agit de sortir de l’ombre historiographique. La noblesse et le clergé sont quant à eux quasiment invisibles.

À côté de ce peuple parisien, qui s'engage très vite dans la Révolution, les députés sont montrés dans leur activité d’orateurs. On voit s'exprimer Marat, Robespierre, Saint-Just, Billaud-Varenne, Danton…

S'inspirant des travaux de l’historien Timothy Tackett, Pierre Schoeller a soin de montrer comment ces hommes se familiarisent avec les nouvelles règles du jeu politique tandis que les patriotes apprennent à les connaître. Seul Marat apparaît comme un excentrique, moins historiquement crédible que les autres.

Le film souligne l'ambiguïté du lien qui unit le roi Louis XVI à son peuple. Lorsque les femmes vont chercher la famille royale à Versailles, elles ont encore l’image du bon roi entouré de mauvais conseillers. Même après la fuite à Varennes, le peuple reste majoritairement attaché à la monarchie comme en témoignent les débats à l’Assemblée et dans la rue.

Pierre Schoeller souligne la difficulté de la rupture à travers l'âpreté des débats qui vont mener à la condamnation du roi.


Entretien avec Guillaume Mazeau, conseiller historique du film

Spécialiste de la Révolution française, l'historien Guillaume Mazeau est maître de conférences au Centre d’Histoire du XIXe siècle (Paris I), et travaille à l’Institut d’Histoire du Temps Présent (IHTP).
- Pierre Schoeller a voulu montrer la révolution avec le point du vue du peuple. Pourtant, le film se concentre sur les grandes journées et semble oublier la vie quotidienne du peuple...

Pierre Schoeller présente une révolution vue depuis la rue, tout en faisant référence à une histoire commune, connue des spectateurs d’aujourd’hui. C’est pourquoi il repart des grandes journées incontournables. Pourtant, cela ne se fait pas aux dépens de la vie quotidienne. On voit la naissance d’un enfant au début du film, puis sa mort, presque immédiate. Il y a ici une description, non seulement de la vie quotidienne des Parisiens, mais de ce que la politique fait sur les corps, en leur infligeant indirectement la faim.

Les militants ne sont pas tout de suite intéressés par la politique. L’un des personnages principaux, l’oncle, ne se politise qu’au contact des autres ; de même pour Basile qui arrive de la campagne. Pierre Schoeller illustre bien le processus de circulation des idées : c’est d’abord la diaspora des révolutionnaires européens, incarnée par le polonais Lazowski, qui partage les idées révolutionnaires.

On voit aussi l’importance des ouvriers imprimeurs, typographes, au contact de pamphlets, et donc plus familiers avec la politique. Pierre Schoeller reprend ici les travaux de Timothy Tackett et d'Arlette Farge qui montrent comment la politisation se construit dans un processus heurté dans le temps et inégal dans l’espace social, qui ne touche pas tout le monde de la même manière. On a donc le point de vue du peuple sur les journées révolutionnaires, mais aussi la construction d’un peuple politique.


- Dans le film, les femmes tiennent une place centrale. Qu’en était-il en réalité ?
  • Pierre Schoeller tenait à mettre les femmes au centre de son film, mais leur place est devenue plus centrale encore durant le montage. Les femmes ont bien eu un rôle important dans la révolution, notamment pendant les grandes journées, comme la prise de la Bastille. Pourtant, ce rôle est toujours resté genré et n’a pas été reconnu : les hommes ont reçu des diplômes de vainqueurs de la Bastille alors que les femmes ont été oubliées : Catherine Pochetat, Marie Charpentier, Pauline Léon...

    Dans la lignée de Michelet, mais aussi de l’écrivain Éric Vuillard (auteur de 14 juillet paru chez Actes Sud, 2016), Pierre Schoeller rend justice à ces femmes. C’est pourquoi les journées des 5 et 6 octobre sont si importantes dans le film. Pour reprendre les mots de Michelet : « Les hommes ont pris la Bastille royale, et les femmes ont pris la royauté elle-même. » Elles lui ont fait accepter les treize premiers articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ratifier l’abolition des privilèges, et ont même changé la géographie du pouvoir !

    Ces journées d’octobre sont importantes car elles marquent une nouveauté dans l’action politique. Aller voir le roi à Versailles pour lui demander sa protection et son intervention, notamment sur le marché du grain, n’est pas nouveau. Mais en octobre, le peuple s’inquiète du retard que met le roi à signer des lois cruciales, comme l’abolition des privilèges. De plus, des rumeurs circulent sur des projets de fuite. L’idée d’un roi mal conseillé se répand : on ne va pas seulement voir le roi, on le ramène à Paris, une ville qui incarne le peuple. C’est là que réside l’élément innovant initié par les femmes.


- Après le peuple, incarné notamment par les femmes, le deuxième personnage du film est le roi, dont on garde souvent une image très négative. Le film renouvelle-t-il cette vision?
  • Pierre Schoeller ne cède pas à la caricature du roi benêt : Louis XVI, ici joué par Laurent Lafitte, est débordé, mais il n’est pas faible ou idiot pour autant. Simplement, le roi n’est pas à la hauteur de son héritage de monarque absolu comme le montre la scène où Henri IV, Louis XIV et Louis XI apparaissent à son chevet. On bascule alors dans le cauchemar, avec une imagerie gothique qui était celle de la contre-révolution.

    La monarchie française a voulu être plus absolue que les autres, ce qui a rendu plus difficile le passage à une monarchie parlementaire, comme cela a été fait en Angleterre. La Révolution française éclate alors que Louis XVI est hanté par les fantômes de la monarchie et qu’on lui brandit en permanence le poids d’un héritage qu’il ne parvient pas à assumer…


- En reprenant les archives des discours prononcés à l’Assemblée, Pierre Schoeller mélange ici l’histoire documentaire et la fiction. Quel est le rôle de la fiction dans cette reconstitution de l’histoire au cinéma?
  • Même dans le cinéma documentaire, la fiction reste de toute manière la matière première et souvent la finalité du réalisateur. Cela ne veut pas dire que la fiction n'a pas d'intérêt pour la connaissance du passé : en créant l'illusion de donner chair aux acteurs de l'histoire, en augmentant le pouvoir de croyance du récit, en stimulant l'exercice des émotions, en imaginant aussi d'autres scenarii possibles que ce qui est effectivement arrivé, elle est non seulement un outil efficace de transmission et de partage de l'histoire, mais, dans certains cas, elle peut aussi perturber les certitudes établies ou, au contraire, dans les mauvais films, en révéler la persistance.

    La fiction nous entraîne dans les territoires laissés en friche par les règles exigeantes de la méthode historique et peut de ce fait en révéler le caractère construit, limité, périssable : dans le film de Pierre Schoeller, les mots, les gestes et la présence physique des lavandières sur les berges de la Seine, des ouvrières dans les rues du faubourg Saint-Antoine et des marchandes dans la marche vers Versailles renvoient à une réalité souvent minimisée, mais ils sont inventés, en ce sens qu'ils ne reposent dans le détail sur aucune source précise.

    Et pourtant, le vraisemblable cinématographique rend ici service à l'exactitude scientifique : la fiction accrédite l'idée que les femmes sont des actrices de premier plan de la Révolution, car elle la rend sensible et qu'elle peut prendre des libertés avec le silence sexué des archives.


Soline Schweisguth pour https://www.herodote.net/

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Chakton

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 7:47

A l'occasion de la sortie tant attendue de ce film (c'est aujourd'hui tongue ) coup de projo sur le réalisateur

C'est assurément l'un des plus gros paris français de cette rentrée cinéma, par l'ampleur de son sujet, de son casting et son budget : Un Peuple et son roi. Ce film historique, porté par une prestigieuse distribution - Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Sallette, Laurent Lafitte, entre autres - et doté d'un budget de 16,9 millions d’euros* s'apprête à déferler sur les écrans français, avec la force de frappe d'un distributeur rôdé aux grosses sorties, StudioCanal.

La couverture médiatique accordée à cette sortie événement est logiquement importante, les médias rappelant à juste titre la rareté d'un film dédié à cet épisode de l'Histoire, la Révolution française, avec cette ambition artistique. Son casting glamour, et avant tout cinéphile -la plupart des comédiens étant des habitués du tapis rouge cannois-, attire aussi particulièrement l'attention de la presse...



Sans oublier... l'homme à l'oeuvre derrière cet ambitieux long métrage qui pourrait être un diptyque si le public est au rendez-vous : Pierre Schoeller. C'est précisément sur lui que nous souhaitions jeter un coup de projecteur, à quelques heures de cette sortie : une personnalité discrète, qui, sans faire de bruit, a réussi à s'imposer comme un réalisateur majeur dans le cinéma français.

Comme l'écrivent, sans détour, nos confrères du Monde, "l'ambition de Pierre Schoeller - sans doute la plus haute et la plus folle qu'ait connue le cinéma français ces dernières années - est de redonner vie et sens à la révolution, de mettre en scène la mort d'un monde et la naissance d'un autre (...)". Qui est donc ce cinéaste à la tête d'un des films les plus ambitieux de ces dernières années ?

Pierre Schoeller commence sa carrière en tant que scénariste pour le cinéma et la télévision. Il passe par la case court métrage en 1996, avec Deux amis, puis signe, en 2003, un téléfilm pour Arte, Zéro défaut, avec Eric Elmosnino. Il faut attendre 2008, il y a pile 10 ans donc, pour que Pierre Schoeller réalise son premier long métrage pour le cinéma : Versailles. On notera d'ailleurs l'écho intéressant de ce titre avec l'actualité de Pierre Schoeller, et son retour à Versailles pour filmer la Révolution française !


Guillaume Depardieu et Max Baissette de Malglaive dans Versailles (2008)

Dans Versailles, il n'est nullement question de la Révolution : il s'agit du lieu où s'installe le personnage principal de son film, Damien, campé par le regretté Guillaume Depardieu. Il y joue un homme vivant dans une cabane, retranché de tout, dans les bois, tout près du château de Versailles. Un sujet social fort, avec un engagement esthétique fort. Le film décroche deux nominations aux César, celui du meilleur acteur pour Guillaume Depardieu, et de la meilleure première oeuvre. Versailles enregistre près de 130 000 entrées, et reçoit un bel accueil critique.

Avec son second long métrage, L'Exercice de l'Etat, Pierre Schoeller transforme l'essai avec succès, en attirant plus de 500 000 spectateurs, avec l'appui d'une critique enthousiaste. Un succès surprise pour un film exigeant, un film politique, présenté comme "une odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique..." . Comme Versailles, L'Exercice de l'Etat est remarqué grâce à sa sélection à Cannes dans la prestigieuse catégorie Un Certain Regard.

Pierre Schoeller est parvenu à conjuguer une exigence artistique et un sujet pointu, avec un succès public. Une prouesse remarquée, étape décisive dans la mise en place d'un projet avec l'ambition d'Un Peuple et son roi. L'Exercice de l'Etat a également suscité l'intérêt de l'Académie des César, avec cette fois-ci 8 nominations, et 3 statuettes à la clé : César du meilleur son, du meilleur scénario, sans oublier un premier César pour Michel Blanc, brillant dans ce rôle à contre-emploi.


Pierre Schoeller sur le tournage de L'Exercice de l'Etat, avec Michel Blanc et Olivier Gourmet

Précisons qu'entre L'Exercice de l'Etat et Un Peuple et son roi, Pierre Schoeller a également réalisé en 2013 un téléfilm pour Canal+ (Les Anonymes - Ùn' pienghjite micca) et posé sa caméra au Kurdistan irakien, pour un documentaire destiné à Arte, en 2014, Le temps perdu. Pierre Schoeller continue également une activité de scénariste, en collaborant notamment au film de Danielle Arbid, Peur de rien, sorti en 2016.

Discret, rare, exigeant, Pierre Schoeller est parvenu à se forger une filmographie pointue, qui a su toucher un public de cinéma d'auteur élargi. La particularité de son cinéma est de savoir marier sujets de société et politique avec une résonance actuelle, accessible, et une ambition intime.

Pierre Schoeller nous l'a confié en interview, Un Peuple et son roi "n’a pas l’ambition d’une grande fresque qui couvrirait l’ensemble des événements et toutes les dimensions de la Révolution. Il est plus intime, plus ramassé, même s’il y a du souffle." Comme le cinéaste l'a également expliqué ici et là en interview, il s'agit de faire "un film sur les émotions politiques". Un film historique et politique, mais qui par son souffle et son propos saura assurément trouver un écho actuel.
http://www.allocine.fr/



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madame antoine

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 8:44

Les médias s'expriment effectivement abondamment sur ce film. En voici un autre exemple.
https://www.letemps.ch/culture/un-peuple-roi-majeste-un-citoyen-autres

Nous en extrairons quelques réflexions concernant plus particulièrement le Roi.

Avec Un peuple et son roi, Pierre Schoeller révolutionne le genre. Son évocation frontale de la Révolution française, de la chute de la Bastille et l’exécution de Louis XVI, tient aussi bien de l’opéra révolutionnaire que du réalisme socialiste ou du symbolisme. Porté par une énergie collective digne du Molière d’Ariane Mnouchkine sublimé par des éclairages naturels et des clairs-obscurs suggérant la sensualité du XVIIIe siècle, le film donne à voir, à ressentir la chute de l’Ancien Régime avec empathie, honnêteté (le verbe de l’époque est fidèlement retranscrit) et une grande puissance visuelle – voir les torches des sans-culottes irriguant de lumière les rues de Paris.

Droit divin
«Celui qui s’agenouille devant le roi sera bâtonné. Celui qui insulte le roi sera pendu», proclamait une pancarte lors du retour à Paris de Louis XVI après sa fuite à Varennes. Cette injonction déroutante exprime la dimension charnelle du lien unissant le peuple au roi. Elle résume un cheminement psychologique fascinant: il a fallu plus de trois ans pour que l’idée du régicide fasse son chemin. Le peuple crève de faim, la colère gronde, mais la monarchie absolue de droit divin n’est pas récusée. Le 20 janvier 1793, la Convention vote à une courte majorité la peine de mort pour le citoyen Capet.

Laurent Lafitte compose un Louis XVI impressionnant, alliant la superbe, la morgue et le courage. Le réalisateur, admiratif, évoque l’«incandescence» du comédien. Au pied de la guillotine, ce 21 janvier 1793, il a véritablement «le regard calme et haut qui damne tout un peuple autour de l’échafaud» chanté par Baudelaire.

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Sulpice

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 9:34

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Chakton

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 9:39

Damned ! Il y en a qui l'ont déjà vu. tongue
Jérôme Garcin ( https://www.nouvelobs.com/ ) par exemple.

Du coup, je vous mets son avis en spoiler, pour ne pas tout gâcher votre plaisir. tongue

Spoiler:
 


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Sulpice

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 9:48

Moins casse-gueule : les paroles du maestro

Dans son film Pierre Schoeller se pose cette question : où est le peuple entre 1789 et 1792 ? Que vit-il? que chante-t-il ? Comment aime-t-il et prie-t-il ? Et, en filigrane, de manière plus contemporaine : où est le peuple au cinéma ?

  • Je me suis posé la question : comment les gouvernants considèrent le peuple et comment le peuple considère les gouvernants et pourquoi le peuple lui-même, ne se considère pas comme une puissance politique, si ce n’est par l'intermédiaire de partis, ou d’idéologie. Alors je me suis dit, revenons à un temps originel, à un temps de fondation, et ce temps c’est évidemment la révolution française.


  • Les enfants, c’est la génération future, et ça devient très touchant quand vous vous dites que vous êtes dans la révolution et que ça sera un souvenir d’enfance.



https://www.franceculture.fr/

  • Dans le film, j’avais en tête que le peuple c’est la multitude, la diversité de l’existence, des âges, des conditions. Pour moi la révolution engage l’avenir de tous. Le rayonnement de ces événements faisait que j’avais en tête l’image d’une étoile morte, dont la lumière d’origine traversait l’espace et le temps.


  • La marche des femmes, ce sont des corps qui s’expriment, et malgré cette faim qui les taraude, elles continuent à porter une parole politique.


  • Parfois au cinéma, il faut quitter le terrain politique pour aller vers des expériences sensibles.


  • Mon approche était de m’associer à des gens qui ont un motif d’espérance politique, de partage, et de mobilisation collective.


Amen


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Fallap

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 19:51

Je suis allé le voir et j'ai beaucoup aimé. On ne dirait pas un film historique. C'est très actuel. Very Happy
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Biname

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 20:03

En attendant d'aller le voir (ou pas Wink ), je partage un avis de critique de cinéma :

"Un peuple et son roi" : astre déchu

Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques.

Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circonscription et à haute voix sur la mort de Louis XVI dans une séquence aussi édifiante que captivante, renvoyant chacun·e à son intime conviction quant à la nécessité d’infliger la peine capitale.

Silence, on coupe !

Sa puissance rend bien anecdotiques les mésaventures du verrier et de sa troupe, "roturiers témoins" commentant avec une subtilité relative les événements sous un déluge de symboles. Ces derniers, au lieu d’être en retrait, dans l’infra-texte et la toile de fond, s’affichent avec insistance au premier plan, en déclinant le soleil dans toutes ses saveurs – lumière, chaleur, éclipse… La légèreté pachydermique du procédé tranche avec les habitudes de Schoeller, plus enclin à recourir aux métaphores percutantes ou aux images oniriques – il y en a ici d’ailleurs quelques-unes shakespeariennes en diable, comme la visite nocturne des ancêtres de Louis XVI ou son ultime regard sur son peuple.

On aurait beaucoup aimé aimer davantage ce film, piégé par des poussées de didactisme et sa brièveté ; c’est une série qu’il aurait fallu pour donner de l’air aux ambitions de Schoeller, et plus de chair à cette foule de personnages. Hélas, on sent que la guillotine a dû aussi sévir en salle de montage…

GLUPS http://www.petit-bulletin.fr/grenoble/cinema-article-62265-Un+peuple+et+son+roi+++astre+dechu.html



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Charlotte

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 20:09

En effet, les avis sont assez partagés -

- «Un peuple et son roi» - Louis XVI face au chaos populaire -

Souvent annoncé comme le film français le plus ambitieux depuis belle lurette, «Un Peuple et son roi» de Pierre Schoeller (L’Exercice de l’État) tente une reconstitution audacieuse de la Révolution française. Un travail titanesque au budget raisonnable de 16,9 millions d’euros (très léger comparé aux productions américaines) et au casting francophone de premier ordre.

1789, un parfum de liberté se propage un peu partout en France. À Versailles, Louis XVI trône dans son palais doré, alors que son peuple végète dans l’obscurité. Une mosaïque de personnages prêts à élever la voix, prêts à couper la tête du Roi pour faire valoir ses droits. Tout simplement demandeurs d’une vie meilleure. Un renversement populaire qui amorce une révolution, le moment choisi par la France pour créer sa République.

Pierre Schoeller axe son récit sur les âmes vaillantes, celles qui renversent le grand Louis. Les volets se ferment et plongent Versailles dans l’obscurité. La brillance et la grandeur que le Roi-Soleil avait mis des années à mettre en place, la voici dorénavant confinée dans un coin du palais. Louis XVI (Laurent Lafitte) déchu, dépassé, dégoûté par le simple fait d’évoquer le mot « souveraineté ». La souveraineté dans la nation, voilà quelque chose qui semble anéantir le Roi. Une nation qui, sous le règne de Louis XIV vivait l’apogée de l’absolutisme.

Des fulgurances jouissives, qui transfigurent un récit historique un peu patraque...

De 1789, 3 mois avant la prise de la Bastille, au 21 janvier 1793, date de la mise à mort du Roi en place publique, Un Peuple et son Roi se construit dans le sang, les cris, les pleurs et la rébellion d’une patrie unie. De la lavandière Françoise (Adèle Haenel), dévastée par la mort de son bébé, au visage défait et résigné d’un roi sur le déclin, les tableaux sont nombreux, c’est bien le problème ! À force de courir derrière plusieurs lièvres, à ériger la France d’antan à travers les différentes classes sociales, Schoeller se perd, perd le fil de son cinéma à vouloir analyser le bourdonnement des classes populaires, ce qui entrave l'analyse du mécanisme de la Révolution.


Denis Lavant (Marat) & Niels Schneider (Saint-Just)
© Frenetic

Néanmoins la dimension historique est soigneusement mise en scène et les figures illustres profitent d’une distribution de choix: Robespierre (Louis Garrel), Henri IV (Patrick Préjean) présent dans une des meilleures séquences du film en plein milieu d’un cauchemar de Louis XVI, ou encore Marat (Denis Lavant) et ses monologues féroces devant l’Assemblée nationale. Des fulgurances jouissives, qui transfigurent un récit historique un peu patraque et relativement ennuyeux. Mais c’est sur le visage de Laurent Lafitte que le film trouve une vraie trame dramatique. L’acteur français, peu présent à l’écran, réussit à nous envoûter dans son costume de roi chancelant, au faciès fermé, à la colère incoercible. Une marmite prête à exploser, là où l’histoire de la France a pris forme grâce à l’abnégation de ses concitoyens. Les choix de Pierre Schoeller ne sont pas toujours des plus judicieux, à commencer par ces chants (inutiles), et l’on regrette le traitement (trop) inégal de la révolution pour un film de cette ampleur.

En bref !
Dans Un Peuple et son roi, l’audace est à souligner, le casting est bon, mais cette fois-ci la prise de risque n’a pas payé. On reste sur notre faim.

Note de la rédaction -> 2,5/5 ★
- glups aussi -


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Charlotte

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 20:10


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de Neubourg

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Mer 26 Sep - 20:33

Pour Jacky Bornet, bien mais peut mieux faire.

https://culturebox.francetvinfo.fr/cinema/critiques/un-peuple-et-son-roi-une-vision-distanciee-et-equilibree-de-la-revolution-279787

La plume est trop belle, je vous poste tout.

"Un peuple et son roi" : une vision distanciée et équilibrée de la Révolution

Après "L’Exercice de l’Etat" (2001) sur la fascination du pouvoir politique, Pierre Schoeller s’attaque à la Révolution française dans ses trois premières années, où jouent encore dans la balance le pouvoir du roi Louis XVI et celui de ses opposants. "Un peuple et son roi" réussit la gageure de donner une vision qui ne prend pas parti, avec une belle distribution.


© Jérôme Prébois

Reconstitution

La Révolution française a été souvent revisitée par le cinéma ("La Marseillaise" – Jean Renoir, 1938, "Danton" – Andrzej Wajda, 1983, "La Révolution française" – Robert Enrico, 1989…). Pierre Schoeller se concentre sur la période 14 juillet 1789 (prise de la Bastille) – 21 janvier 1993 (exécution de Louis XVI). Période clé, où se jouent tous les enjeux, les idéaux, les contradictions, les excès, les joutes oratoires, les menaces extérieures, les origines de la République…

Une telle part d’Histoire française devenue internationale pose de plain-pied la question de la reconstitution historique. Schoeller s’en tire plutôt bien, mais reste dans une convention française qui fait défaut, comme récemment dans "Mademoiselle de Joncquières" (qui précède tout juste la Révolution), à savoir une lumière un peu plate qui manque d’atmosphère, même s’il y a plus d’efforts. Il se rattrape dans un casting bien vu avec la fine fleur d’acteurs bien en place : Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky, Céline Sallette, Laurent Lafitte et un Denis Lavant qui compose un Marat dément, un de ses meilleurs rôles.

La tribune et le peuple

Si Pierre Schoeller s’attache à reconstituer des étapes spectaculaires de la Révolution – la prise de la Bastille, la montée des femmes sur Versailles, le massacre du 10 août…-, le film s’attarde beaucoup sur les joutes oratoires de l’Assemblée nationale naissante. Le film fait défiler à la tribune les ténors Robespierre (formidable Louis Garrel tout en froideur), Danton (Vincent Deniard), Saint-Just (Niels Scheiner). Mais pas seulement, comme lors de cette belle scène où se succèdent des députés plus anonymes à la tribune pour voter la mort du roi.

Et le peuple ? Il est guidé par des femmes. Adèle Haenel ("Les Combattants") campe une parfaite "tricoteuse", meneuse des sans-culotte au côté d’Izïa Higelin, Noémie Lvovsky et Céline Sallette. Laurent Lafitte est tout en sobriété en Louis XVI et la très belle et encore rare (mais sans doute pas pour longtemps) Maëlia Gentil incarne une troublante Marie-Antoinette. Mais c’est encore Olivier Gourmet qui remporte la palme.

Le soleil de la Révolution

Son rôle de verrier s’avère une métaphore du sens de l'Histoire défendue par le peuple. Comme transformateur d’une matière brute - le sable - en la plus pure - le verre -, par le feu, image du soleil de la Révolution, il incarne le vecteur entre le conservatisme et l’idéal. Toutes les scènes de verrerie sont des merveilles. Mais il ne faut pas oublier Gaspard Ulliel (Basile), paysan persécuté qui va se sublimer dans sa soif de liberté. L’on aurait aimé voir toutefois d’autres femmes dans cette reconstitution : Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt ou Madame Roland. A quand le film qui les réhabilitera ?

L’œuvre ultime sur la Révolution demeure "Danton" d’Andrzej Wajda, dans sa confrontation entre Robespierre et Danton, où tous les enjeux de l’époque se joue en pleine Terreur. D'ailleurs là où finit "Un peuple et son roi", commence "Danton". Mais le film de Pierre Schoeller tient son rôle dans le décryptage équilibré de cette époque en en évoquant toute la complexité, mais aussi dans de beaux efforts de mise en scène.

J'avoue que tout cela suscite peu d'envie.
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Jeu 27 Sep - 8:24

Voici une autre critique cinématographique.

Tous les 14 juillet, sur les places de village, les Français dansent pour célébrer la chute de la Bastille. Sur tous les frontons des écoles et des mairies, il est inscrit : "Liberté, égalité, fraternité". Pourtant, depuis quelques années, la Révolution française n’a plus toujours bonne presse. Tel parlementaire de droite (Jean-François Copé) s’insurge contre une "ambiance malsaine la nuit du 4 août" (nuit qui a pourtant vu tomber les privilèges !) ou tel blockbuster du jeu vidéo (Assassin’s Creed) donne une vision très orientée des Révolutionnaires. Quand Sofia Coppola ne transforme pas la reine Marie-Antoinette en pauvre petite fille riche…

C’est dans ce contexte que le Français Pierre Schoeller a imaginé Un peuple et son roi, premier film à décrire les mécanismes de la Révolution depuis son bicentenaire en 1989 et le film de commande de six heures La Révolution française, de Robert Enrico et Richard T. Heffron. Et le point de vue du réalisateur français est très clair : il s’agit de montrer comment cette période historique a été vécue par le peuple de Paris. Car si l’on croise ici des figures historiques comme Louis XVI (Laurent Lafitte), le jeune Robespierre (Louis Garrel), Danton, Marat (Denis Lavant) ou la moins connue Reine Audu (Céline Sallette), Un peuple et son roi fait également la part belle aux petites gens de Paris. Et ce à travers une série de personnages créés pour l’occasion : un verrier (Olivier Gourmet) et sa femme (Noémie Lvovsky), de jeunes lavandières (Adèle Haenel et Izïa Higelin) ou encore un petit voleur (Gaspard Ulliel). Malgré cet impressionnant casting, le film de Schoeller est profondément démocratique, puisqu’aucun acteur ne prend le dessus sur les autres…

Après Versailles en 2008 (qui traitait de la pauvreté aujourd’hui, aux portes du célèbre château) et L’exercice de l’Etat en 2011, Schoeller passe ici au film en costumes. Mais il conserve le même goût pour la dissection des mécanismes du pouvoir. Ce qu’il filme dans cette reconstitution historique soignée, c’est en effet la politique en action. Et pour ce faire, le cinéaste accorde autant d’importance aux discussions enflammées des sans-culottes dans l’atelier du verrier, qu’aux discours de Robespierre, de Saint-Just ou de Marat devant l’Assemblée constituante.

Mais ce qui frappe dans Un peuple et son roi, c’est sa tonalité singulière, à la fois lyrique et terre à terre, s’offrant même quelques échappées vers la comédie musicale avec les chansons populaires des lavandières, qui commentent les mésaventures du roi. S’attachant au quotidien, Schoeller montre la naissance d’une nation en train de se construire une conscience politique, qui l’amènera à proclamer la république et à trancher la tête de son roi en place publique. L’avant-dernière séquence, celle du vote des députés à l’assemblée pour décider du sort de Louis XVI, est à ce titre un moment d’anthologie. De quoi faire oublier un côté didactique par moments, voire livre d’Histoire illustré, qui plombe le film dans sa première partie.

http://www.lalibre.be/

Bien à vous

madame antoine

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Airin

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Jeu 27 Sep - 9:12

Adèle Haenel et Céline Sallette racontent le rôle des femmes dans la Révolution :

Elles aussi ont fait la Révolution. Dans le film "Un peuple et son roi" de Pierre Schoeller, en salle ce mercredi 26 septembre, le rôle des femmes dans la Révolution française est particulièrement mis en avant.

Certains découvriront dans cette réalisation, qui retrace les années qui ont provoqué la chute de Louis XVI, à quel point l'engagement des femmes a été clef dans cette conquête des droits civiques.

"Elles sont présentes dès 1789, dès les cahiers de doléances mais le premier événement majeur, c'est octobre. Cette marche des femmes sur Versailles, aux yeux de tous (députés, noblesse, bourgeois de Paris...), c'est l'irruption des femmes sur la scène politique. Et plus encore, il y a ce qu'elle a entraîné, un événement impensable alors: que le Roi et la Reine se résolvent à quitter Versailles pour venir à Paris. Octobre, c'est un tournant décisif de la Révolution. Parce que pour la première fois des femmes de la Halle, des maraîchères, des lavandières, des vendeuses de harengs, une chocolatière, font entendre leur voix au cœur de la toute jeune Assemblée nationale (qui siégeait à Versailles)", détaille le réalisateur.

Interviewées par Le HuffPost, Adèle Haenel et Céline Sallette, qui interprètent respectivement Françoise et Reine, des femmes très engagées dans la Révolution française, nous ont confié leur vision de l'Histoire et leur engagement féministe et artistique.


https://www.huffingtonpost.fr/
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Jeu 27 Sep - 11:20

Voici également le commentaire d'Hugues Dayez pour la Télévision Belge.

Schoeller décrit ici les deux camps avec, d’une part, des destins fictifs symbolisant le combat du peuple (l’occasion pour Olivier Gourmet, Adèle Haenel ou encore Gaspard Ulliel de camper des beaux personnages) et d’autre part, les figures historiques (Louis Garrel campant Robespierre et Laurent Laffitte Louis XVI). Son film tente d’allier souffle romanesque et rigueur historique, mais n’y parvient qu’à moitié. Car résumer une période aussi complexe et aussi trouble de l’Histoire de France dans un film de deux heures, c’est être condamné à aller au pas de charge et à réduire certains protagonistes à faire de la figuration… Dans ce cas-là, les images d’Epinal ne sont, hélas, pas loin. Peut-être que le format d’une mini-série de six heures aurait permis à Schoeller de mieux creuser son sujet… Encore faut-il trouver des producteurs et des chaînes de télévision assez téméraires pour se lancer dans une aventure aussi ardue.
https://www.rtbf.be/

madame antoine

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globule
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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Jeu 27 Sep - 11:45

Les critiques pleuvent et ne se ressemblent pas. Si, et plus qu'un peu.
Tention, je ne dis pas qu'ils se pompent, juste que les arguments reviennent. Ce qui prouve une certaine cohérence générale.


On croit souvent qu’il y en a eu, des films sur la Révolution Française. Mais lesquels peut-on vraiment citer, à part Danton d’Andrzej Wajda – qui se place quelques années plus tard ? Quant à La Nuit de Varennes d’Ettore Scola, Les Adieux à la reine de Benoît Jacquot ou encore Marie-Antoinette de Sofia Coppola, ils racontent une autre histoire. Il est amusant de constater que le cinéma semble se passionner davantage pour les royaumes que pour les républiques. Un seul film pourrait peut-être se rapprocher du Peuple et son roi, La Révolution française, fresque historique de cinq heures et demie, signée Robert Enrico et sortie à l’occasion des festivités du bicentenaire.

Mais le film de Pierre Schoeller, contrairement à celui d’Enrico, n’est pas une leçon d’histoire. Certes, le film commence avec la prise de la Bastille et se conclut avec la décapitation de Louis XVI, en revenant sur l’ensemble des événements entre les deux, souvent peu connus. Mais le réalisateur de L’Exercice de l’État s’intéresse moins aux détails factuels qu’au destin fatal d’un idéal qui se transforme en massacre sans coupable, dont on ne sait plus bien s’il s’agit d’un désastre ou d’une victoire.



Possessions

Au fur et à mesure que se déroule le film, on semble lire en filigrane l’injonction : « Cela ne peut finir qu’ainsi« . Pourtant, si beaucoup sont prêts à mourir pour donner le pouvoir au peuple, personne ne semble véritablement demander la condamnation à mort du roi. Pierre Schoeller fait ainsi la distinction essentielle entre un pouvoir politique et celui qui le personnifie. Ainsi, le film n’est plus vraiment le drame historique qu’il s’annonce être, mais un essai d’une grande finesse sur la relation entre un peuple et son roi.

L’adjectif possessif « son », d’apparence anodin, est en réalité essentiel. Le Louis XVI du Peuple et son roi, joué par un Laurent Lafitte brillant, tout en gravité et en mutisme, est bien conscient qu’il est un personnage de plus en plus anachronique. Il sait qu’il n’a pas le choix. Qu’il n’y a plus à se battre. Il accepte alors de renoncer à son titre de Roi de France pour devenir roi des Français. Ça n’a l’air de rien, mais la différence est essentielle. Devenu roi des Français, Louis XVI est ainsi subordonné au peuple, relégué au statut de figure avant tout affective, un objet commun à tous les Français, un objet qui rassemble. Mais Louis XVI ne peut être ce roi et les Français ne peuvent être ce peuple.


L’Histoire chez le psychiatre

Sans se concentrer sur sa vie à proprement parler, le film de Pierre Schoeller aide à comprendre le drame intime d’une fin de règne. Le poids de la dynastie, des ancêtres, la sensation de briser l’héritage, de trahir ses aïeux et avec eux l’histoire du pays sont des fardeaux infernaux. Le sentiment que l’on aurait dû être tout, mais que l’on n’est rien, peut être à l’origine des pires troubles psychiatriques. C’est l’angoisse existentielle ultime. Plus tard, Louis II de Bavière, autre roi sans royaume, deviendra fou pour les mêmes raisons. Si le film de Schoeller est psychologique dans sa représentation du roi, il échappe à tout le romanesque dont sont parfois victimes certains films historiques. Marie-Antoinette et les enfants ne sont que des ombres, destinées à être emportées dans la même trajectoire fatale. Quant au peuple, il a tant soif de pouvoir et de représentation – et en cela, la richesse et la complexité du système politique telle que décrite dans Un peuple et son roi est fascinante – qu’il ne peut céder à aucun compromis. Son drame psychologique est différent, mais tout aussi intense : le peuple a terriblement besoin d’exister. Ainsi, dès que la machine s’enclenche, lorsque est retirée la première pierre de la Bastille, l’issue ne pourra être que violente et fatale.

Avec la description par l’intime des mouvements politiques, qui ne privilégie ni un camp ni un autre, Pierre Schoeller prouve à nouveau qu’il est l’un des plus fins observateurs des systèmes politiques, qu’ils soient contemporains dans L’Exercice de l’État, ou historiques, dans Un peuple et son roi.

par Pierre Charpilloz Journaliste pour http://www.bande-a-part.fr/

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de La Reinta

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Jeu 27 Sep - 12:15

En mode pour et contre

https://www.telerama.fr/

“Un peuple et son roi” : leçon salutaire ou ratage historique ?

  • Pour


Dans L’Anglaise et le Duc, film audacieux d’Eric Rohmer (en 2001) sur la Terreur vue à travers les yeux d’une Anglaise royaliste, le peuple n’était pas montré sous son meilleur jour. Et, par les temps qui courent, des voix révisionnistes ne se privent pas de réduire les sans-culottes à de sanguinaires coupeurs de têtes… Avec son beau titre, qui englobe à la fois l’ancien et le moderne, le nouveau film de Pierre Schoeller propose une lecture plus conforme à l’esprit et à la lettre de 1789. En s’appuyant sur de solides recherches historiques, le cinéaste s’emploie à raconter le récit des origines, les prémices de la démocratie. Le film démarre ainsi en 1789 par la prise de la Bastille et s’achève en 1793 avec l’exécution de Louis XVI. Une Révolution filmée à hauteur d’hommes, et surtout de femmes, dans les faubourgs de Paris et dans les ors de Versailles.

Chapitrée sans être strictement chronologique, la leçon d’histoire, au didactisme de bon aloi, permet à tout spectateur de réviser ses connaissan­ces. Elle est rendue plaisante par la très vivante galerie de Parisiens, qui habitent une ruelle du quartier de la Bastille : Basile l’indigent (Gaspard Ulliel), Françoise (Adèle Haenel) et Margot (Izia Higelin), les deux lavandières, graines de révolutionnaires, l’oncle souffleur de verre (Olivier Gour­met) et son épouse Solange, pas soumise pour un sou (Noémie Lvovsky). Eclairée à la bougie pour les scènes nocturnes, avec le moins d’artifices dans les décors, la vie quotidienne du petit peuple paraît particulièrement authentique.

Pierre Schoeller cultive aussi son goût pour les paraboles. On se souvient des accidents de la route métaphoriques qui émaillaient L’Exercice de l’Etat (2011) et forçaient son héros ministre à maintenir le cap, coûte que coûte. Cette fois, la scène de la démolition de la prison de la Bastille, pierre après pierre, et le retour du soleil sur les rues longtemps maintenues dans l’obscurité par la forteresse, tel le surgissement de la lumière — des Lumières —, sont d’une grande beauté. Tout comme la montée progressive et légitime du désir de justice chez les Parisiens, avec le massacre du Champ-de-Mars (1791), point de bascule vers l’abolition de la monarchie. Dans une dernière partie, on suit avec passion les débats qui voient défiler, à la barre de l’Assemblée, tous les députés aux noms illustres : Marat, Robespierre, Saint-Just… Ces discours, historiquement exacts, n’ont rien perdu de leur vitalité, ni de leur modernité. A l’heure du libéralisme triomphant, du « délit de solidarité » en Occident et de la reconquête de liberté dans les pays arabes, on salue ce film où le peuple redresse la tête avec panache pour espérer en des temps meilleurs. — Jérémie Couston



  • Contre


La Révolution française a souvent été réduite, au cinéma, à du catéchisme révolutionnaire. Lancé sur trop de pistes, Pierre Schœller s’éparpille, au risque du survol ou de la confusion. Son film apporte des éclairages nouveaux (sur le rôle décisif des femmes, notamment) mais pèche par manque de fiction. Il y a bien du rythme, des chansons, une profusion de personnages, mais tout va trop vite, tout glisse. Face au voleur de poules, au verrier, aux lavandières, on a le sentiment d’assister à une bande-annonce, sans pouvoir s’attacher à aucun d’eux. Pas sûr que le casting, défilé de têtes étoilées, soit un atout…

Paradoxalement, le plus captivant, le plus nouveau, ce n’est pas le peuple, mais le roi (Laurent Lafitte), loin des caricatures habituelles. Et la politique, qui était déjà au cœur du film précédent de Pierre Schœller, L’Exercice de l’Etat. Les interventions des différents députés, les débats à l’Assemblée, fortement documentés, font du film un ratage intéressant. Mais un ratage tout de même. — Jacques Morice


On adore le concept de ratage intéressant.

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le beau lauzun

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Ven 28 Sep - 10:56

Vu hier. Pas mal, j'aime l'aspect peuple, ça nous change des perruques poudrées.
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madame antoine

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Sam 29 Sep - 6:02

Voici une autre fiche-cinéma.

« J’en connais des qui ont pris la Bastille. J’en connais une qui va prendre le Basil. »

Après Versailles, drame sur les sans-abris, et L’Exercice de l’Etat, « thriller » sur le pouvoir, Pierre Schoeller semble avoir voulu allier les deux thèmes en un seul film. L’ambition est louable, surtout quand on s’attaque à un morceau de l’Histoire d’un pays comme la Révolution française.

Mais le cinéaste a sans doute péché par gourmandise. Côté grande Histoire, on assiste à une succession de séquences et de discours, pas forcément les plus connus de tous, qui dévoilent plus qu’ils ne démontrent les arcanes d’une Nation en construction. Côté petite histoire, on suit une myriade de personnages, des notoires qui n’existent que par leur fonction (députés, aristocrates, …) aux fictifs (représentant le « peuple » de Paris, des verriers aux lavandières).


« Bientôt, j’aurai des sabots. »

Or, aucun des deux aspects n’est satisfaisant. Comme si le corps du film, cette chair que pourrait être le peuple, et la tête, le Roi, sa cour et l’Assemblée, étaient déjà séparés avant même que Louis XVI ne soit décapité.

Il y a très vite cet étrange constat de voir un très beau film et de ne jamais accrocher au récit. Du 14 juillet 1789 au 21 janvier 1793, on traverse les saisons à grande vitesse, comme s’il s’agissait d’un « best of » de la Révolution française, avec ses guests (Lafayette, Robespierre, Saint-Just, Marat, Varlet, et plus discrets, Marie-Antoinette, Danton et Camille-Desmoulins). Schoeller met quand même un point d’honneur à surprendre en préférant dans cette compilation des moments et des scènes « hors-champs » de cette période. Plutôt que de filmer la nuit du 4 août, la fuite du Roi à Varennes ou le premier chant de la Marseillaise lors de la prise des Tuileries, il expose le démantèlement de la Bastille, le retour de Varennes (avec une pause pipi) et les morts qui s’entassent nus dans la cour du Louvre.


Cette vision décalée de l’Histoire aurait pu être intéressante si son fil conducteur n’était pas aussi morcelé. Découpé en chapitres thématiques (liberté, trahisons, insurrection, jugement), Un peuple et son roi est déséquilibré d’emblée par sa dualité entre les espoirs collectifs animé par l’intensité de l’esprit politique et les souffrances personnelles (et intimes) de ceux qui soufflent sur ce vent de changement.

« Ces gens de peu. »

Car si la partie historique est dotée d’une narration qui se suffit à elle-même, l’aspect fictif, romanesque, est décevant et bancal. Hormis le personnage d’Adèle Haenel (dont l’incarnation surclasse tous les autres), tous sont stéréotypés, à peine esquissés, n’ayant pas grand-chose à jouer d’autres que leur rôle utilitaire dans la révolution. A l’image de celui de Gaspard Ulliel qui ne peut pas faire grand-chose pour habiter un personnage mutique et suiveur. Ils sont des représentants du peuple, dont le vécu se résume à leurs routines et leurs idées. Ainsi on comprend la crise sociale, leurs opinions, leurs motivations, mais de leurs existences on ne sait rien d’autre que leur statut social et leur métier.

Mais là encore, Schoeller s’offre un pas de côté par rapport aux précédentes grandes œuvres cinématographiques sur le sujet, en mettant les femmes au cœur de sa focale. Ce sont elles qui entraînent le film, qui le bousculent, qui tentent de lui donner son élan. Le va-nu-pieds plutôt que les sans-culottes. Il pointe d’ailleurs, brièvement, la seule inégalité qui n’est pas prise en compte lors de cette Révolution : celle des hommes et des femmes (qui devront attendre un siècle et demi avant de pouvoir voter et de s’émanciper).


« Tu n’es plus un Bourbon, tu es un bouffon. »

Cela ne suffit pas à tracer une ligne dramatique à un film qui flotte d’épisodes en épisodes. Malgré quelques audaces formelles, allégoriques ou théâtrales, qui rappellent L’Exercice de l’Etat, des séquences sublimes (comme cette lumière qui illumine le peuple lorsque les tours « infâmes » de la Bastille sont détruites), le cinéaste ne réussit pas à nous embarquer dans ce chaos idéologique et sanglant. Parfois trop pédagogique ou trop didactique, le film souffre de cette froideur. Dépourvu d’émotion, il lui manque un souffle romanesque pourtant attendu.

Comme bipolaire, ne sachant s’il veut montrer les visages ou réciter les discours, le scénario rend le film très inégal, emprisonné dans ses contraintes factuelles et incapable de s’évader avec sa partie fictive. Il manque un enjeu dramatique, une interaction avec le peuple, une projection du spectateur. Jamais Schoeller ne cherche à nous montrer sa vision, vers quoi il tend. Il y a les acteurs, il y a le réacteur, mais, malgré toute cette énergie, l’absence d’une destination et d’un point de vue fait cruellement défaut à l’œuvre.


«- J’ai vu le Soleil, il m’a touché la main.
- J’ai vu le Roi et il m’a touché la tête. »


Car c’est sans aucun doute, ce qui rend perplexe : ce film qui ne fuit aucun carnage ni aucun débat, qui trouve enfin sa dynamique après le massacre du Champ-de-Mars (parce que le personnage d’Haenel devient central et qu’on peut enfin s’identifier à une citoyenne), qui évoque Napoléon avant l’heure (grâce à Marat) et la culpabilité à venir d’un peuple qui a coupé la tête de son Roi, ce film peut satisfaire aussi bien les insoumis que les monarchistes, les républicains que les modérés, les partisans de la Révolution et ceux qui regrettent cette guerre civile qui ne dit pas son nom.

« Soit. Marchons » dit le Roi, plus jupitérien que jamais. « La Révolution est en marche » clame un peuple qui n’a peur de rien. Ironique d’entendre ce verbe « marcher » dans les deux camps (mais pas en même temps).

Cette vision consensuelle et fédératrice rend ainsi
Un peuple et son Roi plus subtil dans son point de vue que ce scénario assez basique dans sa narration. L’orgueil du peuple croise alors celui du réalisateur. Le sang du roi et l’espoir des citoyens se confondent en un fondu au rouge qui révèle l’image d’une République née dans une peine de mort qui reste imprimée dans notre inconscient au point d’élire un nouveau Roi tous les 5 ans.

Il y a cette force discrète dans ce film de nous parler d’aujourd’hui, sans que ce soit ostensible. Mais il y a aussi cette faiblesse où Schoeller semble bâcler l’histoire du peuple au profit des grandes décisions de l’Assemblée (il suffit de voir la durée de la séquence de la mort de Louis XVI versus la brièveté de l’épilogue heureux du couple de citoyens). Paradoxal quand on veut exposer l’Histoire en creux (vu des gens du bas) et qu’on réussit finalement ses meilleures scènes en filmant la Politique en pleine lumière.


Là où une série aurait enrichit et comblé tous ces manques, le cinéma s’avère, ici, incapable de réunir une appétence pour la vie publique et l’ardeur de ceux qui la font vivre. Comme pour la fabrication d’une boule de verre parfaite, il ne suffit pas de chauffer et de manier habilement son poignet pour réussir l’objet.

vincy
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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    Sam 29 Sep - 7:07

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MessageSujet: Re: Un peuple et son roi de Pierre Schoeller    

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