Le Boudoir de Marie-Antoinette

Prenons une tasse de thé dans les jardins du Petit Trianon
 
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 Sur les pas d'Adèle de Boigne

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MessageSujet: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeJeu 28 Mar - 10:16

Avec le retour des beaux jours reviennent les visites commentées.

Sur les pas d'Adèle de Boigne Telech17

https://www.jds.fr/sports/balades/balade-commentee-sur-les-pas-d-adele-de-boigne-406131_A

Franchement, ça me dirait bien.


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globule
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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeVen 29 Mar - 12:51

Cette Boigne que Yann Sinclair nous présente ici Sur les pas d'Adèle de Boigne 914132
https://maria-antonia.forumactif.com/t31795-19-fevrier-1781-adele-d-osmond

Osmond, Boigne par alliance et célèbre pour ses mémoires où elle parle beaucoup de la cour.
Elle dit notamment que Marie-Antoinette et Fersen ont (comment vous dire) Sur les pas d'Adèle de Boigne 588717
Sauf qu'elle était même pas née quand ils se sont rencontrés.

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- Je ne vous jette pas la pierre, Pierre -
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Aglae

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeDim 14 Avr - 16:35

Je suis en train de me régaler à la lecture de Récits d'une tante, qui désigne en fait les mémoires de la comtesse de Boigne;

Les premières pages évoquent sa petite enfance à Versailles dans l'entourage de Mesdames les filles de Louis XV ainsi que dans la proximité de Louis XVI et Marie-Antoinette; ce qu'elle raconte a un accent de vérité, et c'est assez prenant; maintenant, j'y ai relevé des erreurs ou inexactitudes historiques; je ne crois pas qu'elle mente sciemment, plutôt des confusions dues au recul dans le temps;

En tous cas, c'est extrêmement précis, vivant, vu par des yeux d'enfant; l'évocation qu'elle fait des frères du Roi, Provence et Artois est sans pitié; je reviendrai donner des extraits si j'ai le temps car il faut recopier, faute de pouvoir faire un simple copié-collé, car on trouve peu d'extraits sur le net;



Quelques extraits =
( à suivre)



Sur les pas d'Adèle de Boigne Citsdu10




C’est bientôt après l’installation de mes parents à Versailles que je vins au monde (i) ; ma mère était déjà accouchée d’un enfant mort, de sorte que je fus accueillie avec des transports de joie et qu’on me pardonna d’être fille. Je ne fus pas emmaillottée, comme c’était encore l’usage, mais vêtue à l’anglaise et nourrie par ma mère au milieu de Versailles. J’y devins bien promptement la poupée des princes et de la Cour, d’autant plus que j’étais fort gentille et qu’un enfant, dans ce temps-là, était un animal aussi
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Chateaubriand

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeDim 14 Avr - 18:54

Aglae a écrit:
C’est bientôt après l’installation de mes parents à Versailles que je vins au monde (i) ; ma mère était déjà accouchée d’un enfant mort, de sorte que je fus accueillie avec des transports de joie et qu’on me pardonna d’être fille. Je ne fus pas emmaillottée, comme c’était encore l’usage, mais vêtue à l’anglaise et nourrie par ma mère au milieu de Versailles. J’y devins bien promptement la poupée des princes et de la Cour, d’autant plus que j’étais fort gentille et qu’un enfant, dans ce temps-là, était un animal aussi

Grands dieux que c'est bien écrit !

Merci, merci chère Aglaé.
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Chanell

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeDim 14 Avr - 22:11

Un régal ! Merci chère Aglae. Je ne regrette vraiment pas de m'être inscrite sur ce beau forum. Sur les pas d'Adèle de Boigne 580524
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betagen

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeDim 14 Avr - 22:40

Joliment tourné Sur les pas d'Adèle de Boigne 454943

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Il court il court le furet
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Aglae

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeLun 15 Avr - 7:23

Merci vous tous ! Sur les pas d'Adèle de Boigne 405462

C'est A SUIVRE ! je vais recopier plein de passages palpitants et jusqu'ici un peu mystérieux, vous allez voir.....
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Airin

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeLun 15 Avr - 8:54

Mystérieux ? Ma curiosité est piquée. Et je piaffe d'impatience.

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Cet été-là, l'extravagance était à la mode.
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Aglae

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeLun 15 Avr - 9:50

Oui, en effet, très chère Airin, toute petite et à l'affût de ce que disaient les adultes, puis l'ayant par la suite entendu raconter par des acteurs de ces épisodes dramatiques, Adèle évoque les tout débuts de la Révolution, les premières émigrations, les peurs, les émeutes, les loyautés, les trahisons, la fuite à Varennes, etc....

C'est empreint de vérité, les acteurs sont nommés et vraiment on assiste "en live" à des évènements qui ne seront relatés ensuite, qu' après coup; ainsi, on apprend que la gouvernante des Enfants, Madame de Tourzel, s'impose dans la berline de la fuite à Montmédy, alors que c'était un homme qui devait prendre place, éventuellement, pour prêter main forte en cas de coup dur; ce qui aura lieu, et n'aurait-ce pas été décisif, au moment où une erreur de parcours retarde les voyageurs ? un homme prêt à défendre les passagers et surtout à éviter toute erreur ?

donc à suivre.....
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gregor samsa

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeLun 15 Avr - 17:14

Aglae a écrit:
C'est empreint de vérité, les acteurs sont nommés et vraiment on assiste "en live" à des évènements qui ne seront relatés ensuite, qu' après coup; ainsi, on apprend que la gouvernante des Enfants, Madame de Tourzel, s'impose dans la berline de la fuite à Montmédy, alors que c'était un homme qui devait prendre place, éventuellement, pour prêter main forte en cas de coup dur; ce qui aura lieu, et n'aurait-ce pas été décisif, au moment où une erreur de parcours retarde les voyageurs ? un homme prêt à défendre les passagers et surtout à éviter toute erreur ?

Très mauvaise décision, en effet. Ce serait donc Mme de Tourzel qui aurait insisté. C'est singulier; les historiens n'en font pas mention. Dans ma mémoire, c'est le Roi qui a tenu à respecter les usages de la Cour (auxquels il était très attaché).


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Aglae

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeMar 16 Avr - 6:49

Merci de votre intérêt, cher Grégoire Samsa; en effet, d'après Adèle de Boigne, Mme de Tourzel a fait valoir sa fonction de gouvernante des Enfants de France, et Adèle fait comprendre qu'il s'agit de dévouement et de courage de sa part, genre "rien même le danger ne m'éloignera de ces pauvres enfants";

Je vais recopier ce passage; en fait, puisque Mme de Tourzel, elle aussi a écrit ses Mémoires, il sera intéressant de confronter les deux....
Nous n'avons pas tant de récits que cela d'acteurs et témoins directs de ces évènements dramatiques
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bang bang

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeMar 16 Avr - 21:08

Je connais bien les mémoires de Mme de Tourzel. Elle y précise à de nombreuses reprises son attachement aux Enfants de France et surtout au Dauphin. Au moment de partir pour Varennes, elle relevait de maladie et la Reine lui enjoint de rester parce que trop faible pour entreprendre le voyage. Mais la Gouvernante insiste et finit par partir avec la famille royale.

Son attachement au jeune Louis-Charles ne fait aucun doute.

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“C’est légal parce que je le veux.”
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pimprenelle

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeHier à 15:36

Quelle mémoire, Bang Bang ! Sur les pas d'Adèle de Boigne 580524

Les souvenirs de Madame de Tourzel sont ici :
https://www.gutenberg.org/cache/epub/33258/pg33258-images.html

Le passage concerné :

  • Le chagrin que j'éprouvais des insultes journalières qu'essuyait la famille royale, et mon inquiétude des suites qui en devaient être la conséquence, rendaient pénible la convalescence de la maladie que je venais d'éprouver. La Reine, qui avait eu la bonté de me venir voir plusieurs fois, vint chez moi un matin de très-bonne heure pour m'engager d'aller aux eaux de Plombières. «Il est probable, me dit-elle, que nous serons obligés de quitter Paris, et vous êtes bien faible pour nous suivre.» L'idée d'abandonner Mgr le Dauphin et Madame, au milieu des dangers qu'ils pouvaient courir, me fit une peine extrême et me redonna assez de force pour espérer d'être, sous peu de jours, en état de les suivre. Je ne pouvais d'ailleurs, comme je le dis à la Reine, aller aux eaux sans faire découvrir leur départ, ayant dit publiquement à quelqu'un qui m'en avait donné le conseil, que la mort seule me ferait 302abandonner Mgr le Dauphin. J'ajoutai à cette princesse que j'espérais que le Ciel me donnerait, d'ici là, les forces dont j'aurais besoin, mais que dans le cas contraire je ne quitterais pas mon appartement. «A quels dangers ne vous exposez-vous pas? reprit la Reine avec vivacité.—«Si j'étais né homme, répondis-je, Votre Majesté ne m'aurait pas empêché de monter à la tranchée. Je me sens digne d'être la fille d'un père qui a perdu la vie pour le service de son Roi et de sa patrie. Que Votre Majesté ne s'embarrasse pas de moi; si j'étais malade, je resterais dans la première auberge au risque de ce qui pourrait m'arriver; mais qu'elle soit bien persuadée que je resterais à Paris, si je ne me sentais assez de force pour soutenir la route, et causer le moindre retard au voyage.»



Peut-être la reine avait-elle essayé de se passer de Madame de Tourzel avec diplomatie ? Toujours est-il que l'autre s'imposa, en effet, on peut voir les choses comme ça.

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Aglae

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeHier à 15:58

Oui, en effet, Adèle avait 10 ans à ce moment là et il me semble que l'on sent une imperceptible critique dans ce qu'elle écrit.....

Voici la fuite à Varennes

Établie à Rome, ma mère y passa quelques mois dans une vive inquiétude sur les dangers où mon père était exposé. Il vint nous rejoindre au printemps de l’année 1792, quelques mois après la fuite de Varennes. Voici ce que je lui ai entendu raconter depuis :

Le Roi avait formé le projet de s’éloigner de Paris pour se rendre dans une ville de guerre dont la garnison fût fidèle. Monsieur de Bouillé, commandant dans l’Est, était chargé de préparer les lieux, puis de faire les dispositions du voyage. Mon père était dans la confidence. Il devait, sous prétexte de se rendre à son poste en Russie, quitter Paris, s’arrêter à la frontière, venir rejoindre le Roi où il serait et prendre ses derniers ordres pour la rédaction d’une lettre ou manifeste qu’il devait porter aux Cours du Nord, en leur expliquant la position du Roi qui, échappé des mains des factieux, se trouvait en situation de faire appel à tout ce qui était fidèle en France. Le Roi demandait surtout aux Cours étrangères de ne reconnaître d’autre autorité que la sienne et de ne point traiter avec les princes émigrés. Il existait déjà entre le château des Tuileries et le conseil de monsieur le comte d’Artois la plus vive animadversion.

Mon père pressait monsieur de Montmorin de l’expédier, mais les paresseuses lenteurs de ce ministre, qui n’était pas dans le secret, retardaient son départ. Il n’osait partir sans ses instructions dans la crainte d’inspirer des soupçons. Le jour fixé pour la fuite approchait ; enfin on lui promit que ses lettres de créance seraient prêtes le lendemain.

Il se promenait aux Champs-Élysées ; il vit passer la voiture du Roi revenant de Saint-Cloud. La Reine se pencha en dehors de la portière et lui fit des signes de la main. Il ne les comprit pas alors, mais ils lui furent expliqués lorsque, le lendemain matin, son valet de chambre lui apprit, en entrant chez lui, le départ de la famille royale. Il avait été avancé de quarante-huit heures parce qu’un changement de service parmi les femmes de monsieur le Dauphin aurait fait arriver une personne dont on se méfiait.
Mon père n’avait pas vu la Reine depuis cette décision et n’avait pu être averti ; au reste, il n’aurait pu partir sans les instructions du ministre. Il vit donc sa mission manquée et ne s’occupa plus que du moyen d’aller rejoindre le Roi, lorsqu’il le saurait à Montmédy. Cette préoccupation ne l’empêcha pas de courir toute la matinée. Il trouva la ville dans la stupeur. Les démagogues étaient dans l’effroi ; les royalistes n’osaient encore témoigner leur joie. Tous gardaient le silence et personne n’agissait. Bientôt arriva le courrier porteur de la nouvelle de l’arrestation ; alors la ville fut assourdie des cris et des vociférations de toute la canaille qu’on put recruter. Les jacobins reprirent leur audace et les honnêtes gens se cachèrent.

Ce fut de sa fenêtre du pavillon de Marsan que mon père vit arriver l’horrible escorte qui ramenait au château, à travers le jardin, les illustres prisonniers. Ils furent une heure et demie à se rendre du pont tournant au palais. À chaque instant, le peuple faisait arrêter la voiture pour les abreuver d’insultes et avec l’intention d’arracher les gardes du corps qu’on avait garrottés sur le siège. Cependant cet affreux cortège arriva sans qu’il y eût de sang répandu ; s’il en avait coulé une goutte, probablement tout ce qui était dans ce fatal carrosse eût été massacré. Tous s’y attendaient et s’y étaient résignés.

Aussitôt qu’il fut possible de pénétrer jusqu’aux princes, mon père y arriva. La Reine lui raconta les événement avec autant de douceur que de magnanimité, n’accusant personne et ne s’en prenant qu’à la fatalité du mauvais succès de cette entreprise qui pouvait changer leur destin.

Il y a bien des relations de ces événements, mais l’authenticité de celle-ci, recueillie de la bouche même de la Reine, me décide à retracer les détails qui me sont restés dans la mémoire parmi ceux que j’ai entendu raconter à mon père.
La voiture de voyage avait été commandée par madame Sullivan (depuis Madame Crawford) que monsieur de Fersen y avait employée pour une de ses amies, la baronne de Crafft. C’était pour cette même baronne, sa famille et sa suite qu’on avait obtenu un passeport parfaitement en règle et un permis de chevaux de poste. La voiture avait été depuis plusieurs jours amenée dans les remises de madame Sullivan. Elle se chargea du soin d’y placer les effets nécessaires à l’usage de la famille royale.

On aurait désiré que les habitants des Tuileries se dispersassent, mais ils ne voulurent pas se séparer. Le danger était grand, et ils voulaient, disaient-ils, se sauver ou périr ensemble. Monsieur et Madame, qui consentirent à partir chacun de leur côté arrivèrent sans obstacle. À la vérité, ils ne cherchèrent que la frontière la plus voisine ; et le Roi, ne devant pas quitter la France, n’avait qu’une route à suivre. On avait pris beaucoup de précautions, mais la dernière manqua.

La berline de la baronne de Crafft devait être occupée par le Roi, la Reine, madame Élisabeth, les deux enfants et le baron de Viomesnil. Deux gardes du corps en livrée étaient sur le siège. Madame de Tourzel ne fut informée du départ qu’au dernier moment. Elle fit valoir les droits de sa charge qui l’autorisaient à ne jamais quitter monsieur le Dauphin. L’argument était péremptoire pour ceux auxquels il était adressé, et elle remplaça monsieur de Viomesnil dans la voiture. Dès lors, la famille royale n’avait avec elle personne en état de prendre un parti dans un cas imprévu. Ce n’étaient pas de simples gardes du corps, quelques dévoués qu’ils fussent, qui assumeraient cette responsabilité. Cette décision fut connue trop tard pour qu’on y pût remédier.

Le jour et l’heure arrivés, le Roi et la Reine se retirèrent comme de coutume et se couchèrent. Ils se relevèrent aussitôt, s’habillèrent de vêtements qu’on leur avait fait parvenir, et partirent seuls des Tuileries. Le Roi donnait le bras à la Reine ; en passant sous le guichet, les boucles de ses souliers s’accrochèrent, il pensa tomber. La sentinelle l’aida à se soutenir, et s’informa s’il était blessé. La Reine se crut perdue. Ils passèrent.

En traversant le Carrousel, ils furent croisés par la voiture de monsieur de Lafayette ; les flambeaux portés par ses gens éclairèrent l’auguste couple. Monsieur de Lafayette avança la tête ; ils eurent l’inquiétude d’être reconnus, mais la voiture continua sa course. Enfin, ils atteignirent le coin du Carrousel. Monsieur de Fersen les suivait de loin ; il hâta le pas, ouvrit la portière d’une voiture de remise où madame de Tourzel et les deux Enfants étaient déjà placés. Monsieur le Dauphin était vêtu en fille ; c’était le seul déguisement qui eût été adopté. On attendit quelques minutes madame Élisabeth. Sa sortie du palais avait éprouvé des difficultés. Une fille de garde-robe dévouée lui donnait le bras.

Le marquis de Briges était le cocher de cette voiture ; le comte de Fersen monta derrière. On sortit heureusement de la barrière. La voiture de voyage ne se trouva pas au dehors, comme il était convenu. On attendit plus d’une heure ; enfin, on reconnut qu’on s’était trompé de barrière. Le lieu proposé d’abord pour le rendez-vous avait été changé ; on avait négligé de prévenir monsieur de Briges.

Afin de ne point repasser les barrières, il fallut faire un assez long détour pour gagner celle où se trouvait la voiture de poste. Elle y était, en effet, mais il y avait eu beaucoup de temps perdu. Les illustres fugitifs s’y établirent promptement. Ce fut dans ce moment que monsieur de Fersen remit à un des gardes du corps, qui n’en avait pas, ses pistolets sur lesquels son nom était gravé et qui ont été trouvés à Varennes.
Aucun accident ne retarda la marche ; les postillons, bien payés, sans exagération, menaient rapidement. En voyant Charles de Damas à son poste, les voyageurs se flattèrent que les retards apportés à leur départ n’auraient pas de suites fâcheuses ; ils commencèrent à prendre quelque sécurité. Il faisait une chaleur extrême ; monsieur le Dauphin en souffrait beaucoup. On baissa les jalousies qu’on tenait levées et, en arrivant au relais de Sainte-Menehould, on oublia de tirer les stores du côté du Roi et de la Reine, placés vis-à-vis l’un de l’autre.

Leurs figures, et surtout celle du Roi, étaient les plus connues. Le Roi aperçut un homme, appuyé contre les roues de la voiture qui le regardait attentivement. Il se baissa sous prétexte de jouer avec ses enfants et dit à la Reine de tirer le store dans quelques instants, sans se presser. Elle obéit, mais, en se relevant, le Roi vit le même homme appuyé sur la roue de l’autre côté de la voiture et le regardant attentivement. Il tenait un écu à la main et semblait confronter les deux profils ; mais il ne disait rien.

Le Roi dit : « Nous sommes reconnus, serons-nous trahis ? C’est à la garde de Dieu. »

Cependant, on achevait d’atteler. L’homme restait appuyé sur la roue, dans un profond silence ; il ne l’abandonna qu’au moment où elle se mit en mouvement. Lorsqu’ils eurent quitté le relais de Sainte-Menehould, les pauvres fugitifs crurent avoir échappé à ce nouveau danger, et le Roi dit qu’il faudrait s’occuper de découvrir cet homme pour le récompenser, car certainement il les avait reconnus, que lui le retrouverait entre mille. Hélas, il était destiné à le revoir.

Que se passe-t-il dans la tête de ce Drouet, car c’était lui : eut-il un moment de pitié, un moment d’hésitation, ou bien, Sainte-Menehould n’était qu’un tout petit hameau, craignait-il de ne pouvoir ameuter assez de monde pour arrêter la voiture ? Je ne sais, mais, bientôt après, il monta à cheval et prit la route de Clermont dont il était maître de poste et où il comptait précéder les voyageurs.

Il en était très près, et s’étonnait de n’avoir pas encore atteint la voiture, lorsqu’il rencontra des postillons de retour :

« La voiture a-t-elle encore beaucoup d’avance ? cria-t-il.

— Nous n’avons pas vu de voiture.

— Comment ! » et il dépeignit la voiture.

« Elle n’est pas sur cette route, mais j’ai vu, de la hauteur, une berline sur celle de Varennes ; c’est peut-être cela. »

Drouet n’en douta pas. En effet, à l’embranchement de la route de Clermont et de celle de Varennes, les gardes du corps avaient fait suivre cette dernière aux postillons. Ils avaient fait quelque légère difficulté sur ce que le relais était plus long et qu’on aurait dû avertir à la poste ; mais ils avaient passé outre et menaient si bon train que Drouet eut peine à les atteindre.

Qu’on suppose l’alarme des voyageurs en reconnaissant l’homme de la roue sur un cheval couvert d’écume. Il fit de vifs reproches aux postillons de mener si vite dans un relais si long, leur ordonna de ralentir le pas en les menaçant de les dénoncer au maître de poste de Sainte-Menehould, et lui-même prit les devants. On n’osait pas trop presser les postillons ; d’ailleurs, on espérait encore éviter le danger.

Un relais, préparé par les soins de monsieur de Bouillé, devait être placé avant l’entrée de Varennes. Il était nécessaire de passer le pont situé à la sortie de la petite ville, mais on ne ferait que la traverser. Et, comme il y avait une escorte avec les chevaux de voiture, on pouvait se flatter de ne pas trouver d’obstacle. Le jour tombait. Le relais qui devait être au bas de la montée de Varennes ne s’y trouva pas. On l’espérait en haut ; il n’y était pas davantage. Les gardes du corps frappèrent la glace :

« Que faut-il faire ?

— Aller, répondit-on. »

On arriva à la poste. La nuit était close ; il n’y avait pas, disait-on, de chevaux à l’écurie. Les postillons refusèrent de doubler la poste sans faire rafraîchir leurs chevaux. Pendant qu’on parlementait, la Reine vit passer des dragons portant leurs selles sur leurs dos. Elle espéra que le détachement et le relais allaient enfin paraître ; mais les chevaux de voiture étaient placés à une extrémité de la ville, ceux des dragons à une autre, et le pont les séparait.

On vint presser les voyageurs de quitter la voiture et de faire reposer les enfants pendant que les postillons feraient rafraîchir les chevaux de poste. Ils craignirent d’exciter les soupçons en persistant dans leur premier refus ; ils entrèrent dans une maison, mais déjà ils étaient dénoncés et reconnus. Une charrette, renversée sur le pont, ferma la communication au détachement de dragons ; le tocsin sonna ; et lorsque le duc de Choiseul, qui s’était égaré dans des chemins de traverse et qui se fiait aux précaution ordonnées à Varennes, y arriva, il n’était plus temps de sauver le Roi autrement qu’en le plaçant ainsi que sa famille sur des chevaux de troupe et en prenant au galop le chemin d’un gué. Cela ne pouvait se faire que de vive force et en tirant des coups de pistolet. Monsieur de Choiseul le proposa, le Roi s’y refusa ; il dit qu’il ne consentirait jamais à faire couler une goutte de sang français. La Reine n’insista pas ; mais il était clair dans son récit qu’elle aurait adopté la proposition de monsieur de Choiseul. Au reste, elle dit à mon père que, du moment où le relais avait manqué, elle n’avait plus eu d’espoir et avait compris qu’ils étaient perdus.

Malheureusement, le comte de Bouillé avait confié l’important poste de Varennes à son fils, le comte Louis de Bouillé. Il s’y conduisit avec une légèreté et une incurie sans exemple. Sans la faiblesse paternelle de monsieur de Bouillé, qui lui fit donner cette mission à un homme de vingt ans, il est probable que la Révolution aurait pris une autre marche ; peut-être même n’en serait-il sorti que de salutaires améliorations à la Constitution française.

Ce Drouet, que tout à l’heure le pauvre Roi pensait à récompenser, se présenta comme un maître insolent vis-à-vis de la famille éplorée. Bientôt elle fut en butte à tous les outrages. Je ne me rappelle pas d’autres détails, si ce n’est que la Reine se louait des procédés de Barnave, pendant le cruel retour, surtout en les comparant à ceux de monsieur de Latour-Maubourg.



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paname

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MessageSujet: Re: Sur les pas d'Adèle de Boigne   Sur les pas d'Adèle de Boigne Icon_minitimeHier à 20:44

Merci Aglae, c'est un récit très crédible, pour moi.

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