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 Sous la Révolution, les mots deviennent des armes

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globule
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MessageSujet: Sous la Révolution, les mots deviennent des armes   Sous la Révolution, les mots deviennent des armes Icon_minitimeMar 20 Oct - 13:08

"Citoyen", "accusateur public", "septembriseurs"... Pendant la Révolution paraît le supplément du dictionnaire de l'Académie française. Un ouvrage qui montre à quel point le vocabulaire peut être utilisé comme un instrument pour conquérir les esprits.

Article de Michel Feltin-Palas (qui peut nous faire réfléchir aux mots que nous employons maintenant)

A ceux qui considèrent les dictionnaires comme des objets encombrants ayant pour principale utilité de recueillir la poussière et, accessoirement, de faire croire à ses invités que l'on dispose d'un vernis de culture, l'on ne saurait trop recommander de revoir leur jugement. Car ces ouvrages ont au moins deux autres vertus. D'abord, c'est l'évidence, ils rassemblent une grande part du génie des hommes et des langues qu'ils ont inventées. Par ailleurs, ils constituent d'éminents révélateurs de l'époque où ils ont été publiés. En témoigne le peu connu et révélateur "supplément" du dictionnaire de l'Académie française de 1798.

En cette année-là, les Immortels publient la cinquième édition de leur célèbre ouvrage, à ceci près qu'il paraît pendant la période révolutionnaire, ce qui change à peu près tout. En premier lieu... l'Académie n'existe plus. Considérée comme un "repaire d'aristocrates", elle a été supprimée par décret en 1793 et remplacée en 1795 par un simple institut, constitué de nouveaux membres. En second lieu, ses auteurs ont pour souci de plaire à un pouvoir qui, plus que d'autres, a compris que les mots sont des armes. Aussi, en plus des traditionnelles définitions, est-il décidé d'ajouter un "supplément" dédié aux 369 termes inventés par le nouveau régime. Et la lecture de celui-ci est particulièrement instructive.

Cet appendice comprend des entrées à forte connotation idéologique, qu'il s'agisse de véritables néologismes - "sans-culotte", "corps législatif", "constitution civile du clergé", etc. - ou d'acceptions nouvelles données à des mots déjà existants. L'heure du politiquement correct n'ayant pas encore sonné, on y décrit sans fard des réalités qui font plutôt froid dans le dos, sachant toutefois que le Directoire porte un jugement critique sur les excès de la Terreur, ce dont témoignent certaines formulations. En voici quelques extraits (j'ai respecté l'orthographe de l'époque) :

  • Accusateur public : Officier de Justice chargé de poursuivre devant les Tribunaux les personnes prévenues de crime. Il est nommé par l'Assemblée électorale.

  • Citoyen, enne : Nom commun à tous les François et autres individus des nations libres, qui jouissent des droits de Citoyen. C'est, relativement aux femmes, une simple qualification.

  • Enragé : Qui professe des principes ultra-révolutionnaires, ou qui agit d'après ces principes.

  • Fournée : Nom donné aux charretées d'individus condamnés par le Tribunal révolutionnaire à subir le supplice de la guillotine.

  • Lanterne : Sorte de supplice que le Peuple, au commencement de la Révolution, fit souffrir à quelques hommes qu'on lui désignoit comme ses ennemis et comme traîtres. Il consistoit à les suspendre à la corde qui servoit aux lanternes. Condamner à la lanterne. Mettre à la lanterne. On crioit : "À la lanterne ; qu'on le mette à la lanterne."

  • Noyades [au pluriel] : Atrocités exercées en divers endroits, et principalement à Nantes, sur des malheureux que l'on conduisoit dans des bateaux à soupape au milieu de la rivière où on les submergeoit.

  • Septembriseur : Nom donné à ceux qui firent ces massacres [de septembre 1792], et par extension, à ceux qui furent soupçonnés de les avoir approuvés.


Ces vocables ont été forgés par les Révolutionnaires afin de prendre possession des esprits, en formatant l'environnement mental desdits "citoyens". C'est dans le même esprit que l'époque a inventé des prénoms (Libérathe, Marat) ; changé le nom des rues (à Toulon, la place de la Cathédrale évolue en place Tricolore) ; remplacé les anciennes provinces (Anjou, Dauphiné, Provence) par les départements affublés d'appellations purement géographiques (Seine-Inférieure, Jura, Basses-Alpes...) ; établi un nouveau calendrier qui ne fait plus référence aux saints, mais à la nature : pluviôse, floréal, fructidor...

Autre temps, autres moeurs... En 1835, l'Académie française, restaurée sous Napoléon, publie la sixième édition de son dictionnaire. Nous sommes sous Louis-Philippe, et les Immortels, proches du pouvoir conformément à leur habitude, s'emploient à chasser du vénérable ouvrage les termes qui pourraient offenser le souverain en place. Exit donc les "fournées", les "lanternes", les "noyades" et autres "septembriseurs". Y demeurent simplement des innovations jugées utiles comme les départements, les préfets et les écoles normales, sans oublier les mètres, kilogrammes, litres, unités de mesure mises en place par une loi de 1795 préparée par Lavoisier. Ce qui n'empêcha pas le grand chimiste de périr en 1794 sous la guillotine, un mot qui, lui aussi, fit son entrée dans ce fameux supplément de 1798...
https://www.lexpress.fr/culture/le-tres-etrange-dictionnaire-de-l-academie-francaise-de-1798_2136236.html

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